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A-condition-..c-Christophe-Raynaud-de-Lage

A-condition-..c-Christophe-Raynaud-de-Lage

Troublant, Questionnant, Eloquent.

À travers À condition d’avoir une table dans un jardin, Gérard Watkins renverse le regard colonial : ce n’est plus l’Occident qui observe « l’autre », mais « l’autre » qui nous scrute — nos peurs, nos rituels, notre rapport à la propriété et à la mort. Il montre que colonisation et écologie sont intimement liées : notre confort repose sur des histoires que nous choisissons d’ignorer.

La pièce prend la forme d’une fable presque absurde : un couple de bourgeois de la grande ceinture francilienne reçoit un courrier inattendu. Dix ans après l’achat d’une table en iroko massif, une clause oubliée les oblige à accueillir, pendant onze nuits et dix jours, un invité venu d’une forêt équatoriale. Darius Wengue, Bambuti de République démocratique du Congo, vient réclamer son dû.

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Ce point de départ, à la fois drôle et troublant, emprunte un chemin inattendu : Darius n’est pas là pour se faire servir ni pour visiter notre « beau pays », mais pour observer le couple, leur maison, leur jardin, leurs habitudes et leur histoire familiale. La table demeure silencieuse dans le jardin, porteuse d’une mémoire coloniale et écologique que la pièce révèle peu à peu.

La mise en scène est orchestrée avec minutie dans cet espace commun qui mêle intérieur et extérieur, un lieu traversé par les corps, les voix et les silences. Les frontières y sont mouvantes : les personnages naviguent entre l’intime et la réalité du monde. Les interventions de Darius à Radio Okapi viennent rompre le fil linéaire du récit et suspendre le temps de la représentation. Par ces irruptions, la scène s’ouvre à d’autres réalités et élargit le regard du spectateur.

La scénographie, d’une esthétique sobre et efficace, repose sur quelques éléments qui structurent avec clarté l’espace du plateau. La table, semblable à un arbre fendu dans sa longueur, en constitue l’axe. Le catalpa, élagué jusqu’aux moignons, porte en lui une blessure discrète, une mémoire à ciel ouvert. Autour, quelques meubles d’intérieur installent un cadre familier que Darius investit peu à peu, comme s’il en éprouvait les contours. Et puis il y a le sous-sol, que l’on ne voit pas : cet espace invisible où se cachent les enfants, chargé d’un sens plus sourd.

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Gaël Baron, Julie Denisse et David Gouhier habitent leurs personnages avec naturel et sensibilité. Leur diction mesurée et leur gestuelle légèrement mécanique instaurent une ambiance l’étrange, déconcertante, faisant un récit à la fois décalé et porteur de questionnements.

À travers cette fable contemporaine, Gérard Watkins explore, sans lourdeur, la manière dont colonialisme et destruction écologique s’entrelacent avec nos modes de vie, révélant les contradictions de notre confort et rappelle que derrière les objets les plus familiers se cachent des histoires que nous préférerions parfois ne pas entendre.

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com

 

-©-DR

Collaboration artistique Lola Roy

Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis  59, boulevard Jules-Guesde  93 200 Saint-Denis

Du mercredi 4 au dimanche 15 février Du lundi au vendredi à 19h30, samedi à 17h, dimanche à 15h  Relâche le mardi

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