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-©-C.-Raynaud-de-Lage

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Poignant, Éloquent, Nécessaire.

Avec Entre Parenthèses, Pauline Bureau poursuit son travail sur les violences sexuelles et les voix invisibilisées, commencé avec Modèles en 2010. Dès les premières minutes, le spectateur entre dans un univers où chaque mot, chaque silence, chaque geste résonne avec force.

Interpellée par le récit d’Adélaïde Bon, La Petite Fille sur la banquise, Pauline Bureau signe un spectacle à la fois bouleversant et nécessaire.

Le récit de la petite fille Alma est au cœur du dispositif. À neuf ans, un dimanche de mai, Alma rentre seule de la kermesse de l’école, située à deux pas de chez elle. Un homme l’interpelle gentiment, lui demande un service… et la viole. Le monde bascule. Ses parents s’aperçoivent rapidement que quelque chose ne va pas. Inquiets, ils la retrouvent en larmes et portent plainte au commissariat.

Adolescente puis jeune femme, Alma continue sa vie avec ce poids silencieux, construisant autour d’elle un quotidien trompeusement normal. Elle ne comprend pas ce malaise profond qui la ronge, les mots manquent. Elle a enfoui cette histoire au plus profond d’elle-même, comme on cache un secret trop lourd pour être nommé.

Cette histoire est celle d’Adélaïde Bon, violée à l’âge de neuf ans, dont l’agresseur fut découvert vingt ans plus tard grâce aux progrès scientifiques et à l’investissement d’un service de la brigade des mineurs.

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Nous faisons la connaissance d’Alma, une jeune femme sur le point de devenir mère, qui joue paisiblement de la harpe chez elle, lorsqu’un appel de la capitaine Wagner vient bouleverser sa vie : son agresseur a été retrouvé après la réouverture d’un ancien “cold case”. Le choc est bouleversant. Dès lors, deux enquêtes se déploient en parallèle : l’une intime, au cœur du vécu d’Alma ; l’autre policière, menée par la brigade des mineurs.

Cette double narration crée un dialogue permanent entre le vécu intérieur d’Alma et le fonctionnement des institutions. Entre silence imposé et parole retrouvée, nous sommes entraînés dans un va-et-vient où la lente émergence de la vérité nous touche profondément. Un théâtre documentaire édifiant, nécessaire et bouleversant.

Pour Alma, le parcours est éprouvant : elle est contrainte de répéter, à de nombreuses reprises, ce qu’elle a vécu et enfoui au plus profond d’elle-même. C 'est douloureux et insuportable.

Entre Parenthèses s’impose comme un spectacle d’une rare intensité émotionnelle. Il dit avec précision et justesse ce qui trop longtemps a été tu. Il ouvre un espace de reconnaissance et de partage, rappelant que l’écoute est le premier pas vers la justice et la réparation.

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La mise en scène de Pauline Bureau est orchestrée avec rigueur et talent. Elle place Alma au centre du plateau : chaque geste, chaque regard, chaque déplacement fait sens. L’espace unique devient une cartographie de la mémoire où passé et présent se croisent.

La scénographie d’Emmanuelle Roy, soutenue par les magnifiques vidéos de Clément Debailleul, accompagne le texte avec une grande finesse. Les clairs-obscurs et les contrastes de lumière de Laurent Schneegans soulignent les tensions entre l’intime et le social, entre souvenirs et présents troublés. Tous les lieux – l’appartement d’Alma, la salle d’audience, la brigade des mineurs – coexistent dans un même espace, se répondent et se superposent. Quelques éléments, comme l’escalier qui renvoie au lieu du crime ou la présence récurrente de la petite fille, créent des échos, des traces du crime qui traversent le plateau.

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Sabrina Baldassarra, Salomé Benchimol, Maxime Dambrin, Rébecca Finet, Sergio Longobardi, Céline Milliat-Baumgartner, Coraly Zahonero de la Comédie-Française portent ce récit avec une justesse remarquable. Chacun joue plusieurs rôles avec finesse. Héloïse Janjaud incarne Alma : fragile et forte à la fois, victime mais combattante. Elle cherche à comprendre, à se reconstruire et à faire entendre sa vérité. Les mots, justement choisis, témoignent : nommer le viol devient ici un acte, un geste de réparation.

Entre Parenthèses est un spectacle essentiel, à la fois intime et universel. Il raconte la violence, mais aussi la résilience et la reconstruction. Il touche profondément et rappelle avec force que le théâtre peut être un espace de vérité, de reconnaissance et de réparation.

Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com

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Librement adapté du récit d’Adélaïde Bon La Petite Fille sur la banquise

accessoires Emmanuelle Roy / costumes Alice Touvet / composition musicale et sonore Victor Belin et Raphaël Aucler / collaboration artistique Sabrina Baldassarra / maquillages et perruques Françoise Chaumayrac / assistanat à la mise en scène Clara Haelters  / cheffe opératrice tournage Florence Levasseur / fabrication des décors Paradis Décors et les ateliers de La Colline / fabrication des accessoires les ateliers de La Colline / production / administration Claire Dugot / diffusion, développement Emmanuel Magis, Mascaret production

La Colline — théâtre national15 Rue Malte-Brun Paris 20e

du 27 mars au 19 avril 2026 au Grand théâtre du mercredi au samedi à 20h30, mardi à 19h30 et dimanche à 15h30 relâche dimanche 29 mars • durée estimée 2h

Tag(s) : #C. Arrazat Critiquetheatreclau
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