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L’épopée du désir d’enfant transformée en un conte cosmique d’une drôlerie lumineuse et d'une profondeur sincère.
Il arrive que la scène nous rappelle sa fonction première. Celle d'un chaudron bouillonnant où l'imagination galope sans bride pour conjurer le sort. Face au tabou et à la douleur de l'infertilité, Frédérique Voruz prend le contre-pied total de la gravité plombante. Elle choisit d'en faire un matériau théâtral incandescent, transformant un combat intime vers la maternité en une épopée sensorielle et mythologique.
La force de son écriture réside dans un va-et-vient constant entre le naturalisme le plus cru, celui des protocoles cliniques, des injections et des verdicts médicaux, et un basculement immédiat dans le merveilleux. Sous sa plume, le parcours de la Procréation Médicalement Assistée (PMA) est revisité à travers les codes du conte initiatique, où l'on croise notamment une bonne fée passablement grinçante.
C’est vif, décapant, et l'engagement des propos comme la vivacité de la langue forcent l’admiration. Le texte interroge avec acuité cette force mystérieuse qui nous pousse à vouloir donner la vie quand le corps et la science semblent dire non. Stella, interprétée par la magnétique Rafaela Jirkovsky, se voit comme un pot de confiture vide. Une métaphore d'une tristesse absolue que l’humour noir et une autodérision féroce viennent immédiatement désamorcer.
Sur le plateau, la mise en scène traduit cette dualité par un univers visuel immersif et métaphorique. L'espace scénique, structuré autour d'un grand cercle, devient le pivot de toutes les métamorphoses. Cette circularité évoque de manière organique la matrice, le ventre maternel, tout en se transformant sous les lumières en orbite d'une planète lointaine ou en une piste de cirque.
Les corps des comédiens y déploient une physicalité intense, presque chorégraphiée, qui matérialise l'épuisement et l'espoir. Frédérique Voruz, qui incarne à la fois une figure médicale rigide et une fée aux antipodes des clichés habituels, apporte une théâtralité décalée qui fait mouche. La mise en scène refuse le misérabilisme, elle orchestre une fluidité constante entre le réel et le fantastique, permettant au public de naviguer entre l'angoisse des éprouvettes et la poésie des apparitions sans jamais perdre le fil de l'émotion.
La distribution fait preuve d'une cohésion et d'une complicité remarquables. Yuriy Zavalnyouk campe un Neven d'une sincérité touchante, offrant un contrepoint sensible et solide aux doutes de Stella. Autour d'eux, le duo formé par Eliot Maurel et Salomé Diénis Meulien insuffle une énergie électrique et une polyvalence au plateau. La musique, jouée en direct par Eliot Maurel, ne se contente pas d'accompagner le récit, elle en devient une composante essentielle, un battement de cœur musical qui dicte le rythme de cette course contre le temps.
Chimère s'impose comme une proposition qui soigne et sublime la souffrance par le rire et la poésie. C'est un voyage dont nous ressortons avec la sensation d'avoir partagé un secret précieux. Une odyssée intime et stellaire qui transforme la difficulté de créer en un immense et vibrant moment de vie.
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Spectacle du 10 juillet 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
Écriture et mise en scène Frédérique Voruz. Composition et interprétation musicale Eliot Maurel. Assistanat à la mise en scène Alexandre Babey. Création lumières Geoffroy Adragna. Création costumes Micha Liebgott. Scénographie Geoffroy Adragna et Frédérique Voruz. Conseil son Thérèse Spirli. Illustrations Justine Jacquot-Haméon. Photo © DR.
Avec Salomé Diénis Meulien, Rafaela Jirkovsky, Eliot Maurel, Frédérique Voruz, Yuriy Zavalnyouk.
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9155-chimre
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