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Une épopée du geste qui fait surgir mille vies avec une virtuosité déconcertante.
Il arrive que le dénuement le plus total devienne le terreau d'une abondance folle. Sans décor ni artifice, Julien Cottereau s'empare de la scène avec une aisance physique qui bluffe immédiatement. Il n'est pas seulement mime ou bruiteur, il est un véritable chef d'orchestre du vide, capable de faire s’animer des monstres ou éclore des trésors d'un simple mouvement de sourcil ou d'un claquement de langue.
Ce qui se joue ici, c’est une interrogation muette sur notre lien à l’invisible. L'interprète ne se contente pas d’imiter le réel, il le réinvente avec une économie de moyens qui confine à l’ascèse.
J'y vois une forme de résistance joyeuse face au trop-plein d'images numériques qui nous saturent, nous rappelant que notre imaginaire reste le plus puissant des projecteurs.
L’approche est d’une franchise désarmante. Le personnage nous tend un miroir où la spontanéité n'est pas un concept mais une réalité immédiate. On se surprend à visualiser une porte récalcitrante ou le vol d'un insecte, tant la justesse rend l'impalpable réel.
Des spectateurs sont conviés sur scène, Cottereau les implique comme par magie. L'interaction avec le public se tisse de manière évidente, sans jamais forcer la main. Ce faisant, nous sommes les complices d’une aventure sonore et corporelle particulièrement vivante.
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Ce qui frappe, c'est cette transformation du banal en expérience captivante. Le travail sur le mouvement est d'une fluidité exemplaire, rendant hommage à la précision d’un lazzi de la Commedia dell'Arte parfaitement exécuté et à la grammaire de l’art clownesque tout en les restituant avec une modernité bienvenue.
La mise en scène d'Erwan Daouphars opère par soustraction, évitant soigneusement le piège du décor illustratif pour laisser le champ libre à l'expressivité du visage et à la souplesse du buste. Ce dépouillement radical souligne l’humanité de la performance et laisse place à de nombreux moments de poésie.
Le plaisir de jouer vient jusqu'à nous comme un courant électrique entre les rangées de fauteuils. Un spectacle généreux qui redonne au spectateur ses yeux d’enfant et son pouvoir d'invention.
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Spectacle du 18 juillet 2026
Frédéric Perez, spectacif.com
De et avec Julien Cottereau. Mise en scène Erwan Daouphars. Collaboration artistique Fane Desrues. Lumières Idalio Guerreiro. Son Ariski Lucas. Costumes Renato Bianchi. Photos © DR.
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