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On entre souvent au théâtre pour être surpris et bousculé. C'est précisément ce qui arrive ici. J’ai été cueilli par cette atmosphère où chaque minute compte.

Il y a des retrouvailles qui ressemblent à des naufrages et d’autres qui sauvent de tout. En découvrant cette adaptation de la nouvelle de Stefan Zweig au Théâtre Épiscène, nous sommes frappés par ce souffle romanesque qui s'installe avec une force immédiate. Un homme et une femme se rencontrent, et quelle rencontre, puis lui s'en va au-delà des mers. Il revient après neuf ans de silence, de guerre et d’exil au Mexique et rejoint aussitôt celle qu’il aimait, cette femme qui lui avait fait une promesse avant son départ.

L'adaptation de Jean Benoît Patricot évite avec élégance le mélodrame pour se concentrer sur l'essentiel, la persistance du désir. Nous nous sentons aussitôt complices de ces personnages qui luttent pour garder la mémoire vive malgré les années.

La mise en scène inventive de Laetitia Lebacq apporte une fluidité qui rend l'intrigue limpide autant qu'intrigante. Elle organise l'espace avec efficacité, utilisant la scénographie d'Aurélien Clément et les vidéos de Guillaume Blanchard pour marquer le relief des instants des premières rencontres puis des retrouvailles. Le décor, fait de grands drapés blancs verticaux, servira d'écrans pour les émotions comme pour les souvenirs.

Toutes ces images ne sont pas de simples illustrations, elles créent une profondeur visuelle qui appuie la sensation d'éloignement entre les amants. Elles s'intègrent avec chaleur au récit pour lui donner du corps.

Les costumes de Christophe Ouvrard et Agnès Marillier donnent une touche intemporelle qui correspond à cette ambiance de réminiscences qui remontent à la surface. Les lumières de Johanna Legrand accompagnent les situations avec justesse, changeant de tonalité au rythme des émotions qui traversent les personnages.

Sur scène, trois interprètes livrent une partition d’une grande précision. Laetitia Lebacq incarne cette femme avec une fragilité qui cache une force intérieure. Face à elle, Mickaël Pernet apporte une fougue et une présence physique au personnage de Ludwig. Leurs relations sont électriques. Elle et lui habitent leurs échanges avec une intensité constante, jusque dans les silences. C'est prégnant, juste et touchant.

Pierre Humbert Pottiez complète cet ensemble avec quelques voix off et sa musique jouée en direct, apportant les nuances nécessaires à cette histoire de passions contrariées.

Ce spectacle bat au rythme des cœurs impatients, l'amour y possède sa propre horloge. Une petite merveille de douceur romantique, une brillante rêverie éveillée de bonheur inassouvi.

 

 

Spectacle du 12 juillet 2026

Frédéric Perez, spectatif.com

 

D’après Stefan Zweig. Adaptation théâtrale Jean Benoît Patricot. Mise en scène Laetitia Lebacq. Décors Aurélien Clément. Costumes Christophe Ouvrard et Agnès Marillier. Lumière Johanna Legrand. Vidéo Guillaume Blanchard.

Avec Laetitia Lebacq, Mickaël Pernet, Pierre Humbert Pottiez.

 

https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9223-la-promesse-des-ombres

 

 

Tag(s) : #Frédéric Perez, Avignon 2026
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