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Attention, dialogues de haute voltige. Cette pièce de Jean-Claude Carrière nous offre un duel d’une intelligence féroce où la trahison se déguste avec la finesse d’un grand cru.
Assister à ce spectacle revient à s’immiscer dans l’intimité d’un bar de quartier où l’anodin dissimule l’effrayant. L’auteur a bâti une joute d’une précision diabolique, un affrontement entre un commissaire à l’amabilité féroce et un informateur dont la docilité apparente masque des abîmes de duplicité.
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La mise en scène d'Alexandre Tchobanoff installe une triangulation venimeuse en ajoutant une serveuse de bar au mutisme inquiétant au cœur de ce duel, renforçant l'atmosphère de surveillance et de malaise qui court tout le long.
Le conformisme social de la situation et la passivité apparente de ce personnage mutique permettent à l'arbitraire de s'épanouir en toute quiétude. Cette scénographie organique donne corps à la menace, tandis que la lumière sculpte les visages comme pour en extraire la vérité.
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Le texte démonte avec une ironie glaciale les engrenages du pouvoir et cette soumission volontaire qui nourrit la violence collective au sein même de nos routines les plus banales.
Je reste fasciné par cette capacité à nous rendre la barbarie presque fréquentable, tant l’absurdité de la situation est portée avec une élégance souveraine. J'ai particulièrement savouré le travail sur les silences, sur les regards tenus, pensés ici comme une extension du dialogue, qui permettent d’explorer la délation comme un rouage politique concret et effrayant.
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Le duo formé par Yann Collette et Stéphane Bierry m'a semblé magnétique. Yann Collette déploie une fragilité trouble, une sorte d’effacement trompeur, tandis que Stéphane Bierry impose une autorité onctueuse et redoutable. Leurs répliques glissent avec une fluidité insidieuse. Prisca Lona complète ce trio avec une présence spectrale non verbale, incarnant le doute complotiste d'une société dont l'indifférence nous fait croire qu'elle regarde ailleurs pendant que les consciences s'effondrent.
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Une partition théâtrale à l’humour grinçant qui transforme un interrogatoire en une leçon de virtuosité psychologique. Une interprétation particulièrement remarquable illumine le texte. J’ai trouvé ce spectacle vif et percutant où une perfide réflexion sur la fragilité de nos libertés nous pique là où ça fait du bien.
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Spectacle du 14 juillet 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Jean-Claude Carrière. Mise en scène, Alexandre Tchobanoff. Assistanat Prisca Lona. Photos © Michel Eid.
Avec Yann Collette, Stéphane Bierry et Prisca Lona.
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8421-le-circuit-ordinaire
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