Quel spectacle ! Un chef-d'œuvre d'inventivité burlesque qui métamorphose les échecs de la scène en pures merveilles d'humour.
Déjà vu en 2025, retrouver ce travail hier soir ravive immédiatement l'enthousiasme. Dans la continuité de leur opus Les Galets au Tilleul (qui revient à l’Atelier à partir du 19 septembre), Nicolas Chaigneau et Claire Laureau approfondissent leur exploration du diptyque Le Vide avec une liberté créative savoureuse.
Le spectacle s'empare des situations en apparence insignifiantes pour faire surgir une poésie hilarante au cœur de petits ratages. L'action démarre par une répétition agitée au cours de laquelle la préparation d'un solo dansé peine à aboutir face aux hésitations techniques.
L'originalité majeure du spectacle repose sur le principe du playback corporel. Les interprètes gardent leurs lèvres fermées tandis que la bande sonore préenregistrée livre dialogues, cris, soupirs et grognements. Ce décalage permanent entre l'audio fixe et l'expressivité physique exige des comédiens une précision gestuelle impressionnante. Ce dispositif fascinant transforme les artistes en figures réactives, où la moindre inclinaison de tête amplifie la portée comique des répliques.
L'écriture chorégraphique orchestre une réjouissante montée en puissance de l'absurde. L'esquisse initiale bifurque rapidement vers une succession de dérives théâtrales irrésistibles. Un échange fictif avec l'assemblée précède le réglage d'une scène de meurtre, des apparitions clownesques et des séries de dysfonctionnements simulés.
La pièce invente sa propre logique dramatique, fondée sur le jeu des contretemps et la métamorphose fantastique de l'accident. Cette façon de bousculer les codes scéniques colore la relation théâtrale avec simplicité et gourmandise. La complicité avec la salle s'intensifie progressivement jusqu'à transformer le final en une véritable célébration collective jubilatoire aux allures de concert pop.
Au centre de ce dispositif, Nicolas Chaigneau et Claire Laureau affichent un engagement scénique et une connivence remarquables. Leurs postures, la subtilité de leurs regards et leur technique corporelle font jaillir l'hilarité à partir du moindre mouvement.
Je demeure admiratif devant cette capacité à élever l'imperfection au rang d'art et à solliciter continuellement l'imaginaire des spectateurs. L'ensemble conserve une légèreté lumineuse qui enchante le public.
Cette célébration hilarante des petites défaites offre un moment théâtral irrésistible, brillant et follement enthousiasmant. Un spectacle qui rate tout avec une telle grâce qu’il finit par tout réussir.
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Spectacle du 11 septembre 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
Conception Nicolas Chaigneau et Claire Laureau. Lumières Valérie Sigward. Regard extérieur Aurore Di Bianco ou Marie Rual. Régie son Rafaël Georges. Musiques de Johann Sebastian Bach, Gabriel Fauré, Kompromat, Mylène Farmer, Georges Gershwin.
Avec Nicolas Chaigneau, Claire Laureau.
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https://www.theatre-atelier.com/event/derriere-pjpp-2026/
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