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Le Mariage forcé arrive au Vieux-Colombier avec une énergie qui chatouille et qui hérisse par moments, mais qui tient le public en haleine. La mise en scène de Louis Arene déroule une farce débridée (mais alors ô combien !), qui rit d’un monde où les places s’échangent et les masques surgissent sans prévenir. Sur le plateau, la troupe joue collectif comme à son habitude et prend un malin plaisir à pousser Molière dans ses retranchements comiques et sombres jusqu’à déjanter les situations et les propos (truffés de clins d’œil aux autres pièces du Patron), les poussant à l’extrême, et encore plus.
La dynamique de la troupe fait son effet immédiat. Les personnages se déplacent comme dans un manège désorganisé et précis, entre gestes amplifiés et respirations partagées. Les masques transforment les visages en archétypes souples. Le rire éclate souvent, parfois accompagné d’un petit frisson étonné quand la farce vire à la cruauté joyeuse. Cette façon d’alternoiement donne au spectacle une couleur propre, à la fois ludique et mordante où l’excès est roi, l’excessivité reine et les effets grossiers princes et princesses.
Le plateau se déploie dans une structure épurée faite de planches de bois blanchies, murs et sol composés d’un assemblage de lattes claires. Un dispositif qui permet moult truchements contribuant pour une bonne part aux effets comiques des plus extravagants. Ces panneaux de bois évoquent immédiatement un théâtre de tréteaux, un espace simple très construit, un cadre aux allures presque rudimentaires.
La direction d’acteurs privilégie le physique et le rythme. Les répliques claquent, les silences travaillent et les ruptures arrivent au bon moment pour surprendre. L’inversion des rôles traditionnels attire l’attention et installe une lecture moderne du texte. Quand les rapports de force s’inversent, les rires fusent et comme un petit recul amusé s’installe dans la salle. Le spectacle parle du pouvoir et du désir, de la domination masculine et des traditions sexistes. Il reste fidèle à la vivacité de Molière et y ajoute une teinte contemporaine.
La scénographie joue un rôle fondamental dans la structuration dramaturgique rendue. Les objets et les lumières forment un espace qui se transforme rapidement, comme si la farce avait sa propre logique intérieure. Les costumes ajoutent de l’épaisseur au jeu sans alourdir la représentation. Parfois, la mise en scène s’aventure vers le fantastique et frôle un surréalisme coloré qui surprend et amuse. Ces touches sont menées franchement et servent la comédie jusqu’à oser tâter de l’exhibition.
L’interprétation collective est un vrai bonheur. C’est un festival de compositions superbement jouées. Chacun a son moment pour se distinguer sans voler la pièce aux autres. L’investissement physique et vocal des comédiens est remarquable. Quand la tension monte et que les quiproquos s’enchaînent, la mécanique est calibrée juste ce qu’il faut pour emporter l’attention.
L’ensemble tient par un savant dosage de folie et de maîtrise. Ce Mariage forcé propose une lecture singulière et vive. Une proposition scénique malicieuse.
Spectacle vu le 23 septembre 2025
Frédéric Perez
De Molière. Mise en scène Louis Arene. Dramaturgie Laurent Muhleisen. Scénographie Éric Ruf et Louis Arene. Costumes Colombe Lauriot Prévost. Lumières François Menou. Son Jean Thévenin. Masques Louis Arene. Collaboration artistique Lionel Lingelser. Assistanat à la mise en scène Emilie Lacoste. Assistanat à la scénographie Auriane Robert. Assistanat aux costumes Caroline Trossevin.
Avec la troupe de la Comédie-Française : Sylvia Bergé, Julie Sicard, Benjamin Lavernhe et Gaël Kamilindi.
Et François de Brauer.
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