Émouvant, Eloquent, Révoltant.
Les Fabuleuses, une série théâtrale sur les femmes scientifiques, écrite par Élisabeth Bouchaud, raconte l’histoire de trois grandes chercheuses effacées des livres de sciences : Lise Meitner, qui a compris la fission nucléaire, Jocelyn Bell, qui a découvert les pulsars, et Rosalind Franklin, qui a révélé la structure en double hélice de l’ADN. Trois femmes qui ont changé le monde, mais à qui l’on a volé la gloire. Avec une mise en scène inventive et vibrante, la série leur redonne enfin la place qu’elles méritent.
Ce troisième épisode de la série Les Fabuleuses retrace le destin de Rosalind Franklin (1920-1958), physico-chimiste britannique spécialiste des rayons X.
En 1951, Rosalind Franklin, née le 25 juillet 1920 à Londres et morte le 16 avril 1958 à Chelsea, quitte Paris et le laboratoire chaleureux où elle travaillait sur le carbone, pleine d’ardeur et d’ambition. Le King’s College de Londres l’embauche pour diriger un groupe de recherche sur la structure de l’ADN. Une mission exaltante, mais le décor vire au cauchemar. Les instruments sont vétustes, l’isolement pèse, et la misogynie institutionnelle frappe à chaque porte, jusqu’à l’interdiction humiliante de se restaurer au foyer du King’s College réservé aux hommes. Maurice Wilkins, physicien attitré, devait collaborer d’égal à égal avec elle. Mais il la réduit à une assistante de seconde zone. L’alliance tourne au conflit, la coopération devient chimère.
Et pourtant : c’est elle, Rosalind Franklin, qui saisit l’image décisive, la fameuse photo 51 révélant la structure hélicoïdale de l’ADN. Mais son œuvre sera dérobée, trahie : Watson, Crick et Wilkins s’approprient ses résultats, franchissant la ligne rouge par des voies déloyales.
Julie Timmerman propose une mise en scène orchestrée avec dynamisme, digne d’un polar scientifique. Dès le lever de rideau, un ami de Rosalind lui rend hommage et nous invite à plonger dans ses découvertes, spoliées par Watson, Crick et Wilkins.
Sur le plateau, le laboratoire de Rosalind s’impose. C’est là que surgit la photo 51 et que la double hélice se révèle. Très vite, la scène devient terrain d’espionnage : on épie, on observe, on guette, on vole. Chaque geste est une menace, chaque regard une accusation. La tension monte, le public est captivé.
Rosalind Franklin, incarnée avec une intensité bouleversante par Isis Ravel, est lumineuse, entière, sans concession, mais de plus en plus enfermée dans un labyrinthe invisible. À ses côtés, son assistant, écartelé entre des loyautés contradictoires, détient la vérité, mais choisit de se taire. Face à elle, Watson, Crick et Wilkins, figures de lâcheté, d’opportunisme et d’arrogance, s’imposent. Balthazar Gouzou, Matila Malliarikis et Julien Gallix interprètent avec brio cette gent masculine qui entoure Rosalind Franklin : certains la regardent avec respect et admiration, quand d’autres se perdent dans la trahison, l’arrogance et l’envie.
Une pièce forte et bouleversante, qui raconte à la fois la découverte, le vol et l’injustice, et qui réhabilite brillamment Rosalind Franklin en lui rendant enfin la voix que l’histoire lui avait volée.
Claudine Arrazat
Scénographie :Luca Antonucci / Assistanat mise en scène + chorégraphie :Véronique Bret / Lumières :Philippe Sazerat / Musique :Benjamin Laurent / Vidéo :Thomas Bouvet
Théâtre la Reine Blanche 2 bis passage Ruelle 75018 Paris Du mardi 30 septembre au vendredi 31 octobre (Du mardi au vendredi à 19h / Samedi à 18h / Dimanche à 16h / Relâche le lundi et du mardi 7 au samedi 11 octobre)
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