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Jouée pour la première fois en France, au théâtre de l’Épée de bois, Pluie dans les cheveux installe immédiatement son univers délicat et vivant. L’auteur Tarjeï Vesaas, grand écrivain norvégien du 20ème siècle, est connu pour son écriture poétique et épurée qui explore avec sensibilité les tourments intérieurs, les paysages nordiques et la fragilité humaine. Qualités que l’on retrouve pleinement dans cette pièce. Dès les premières secondes, un parfum de curiosité flotte dans la salle.

Au cœur de la pièce, plusieurs personnages naviguent dans leur quotidien fragile, entre hésitations et désirs timides, nous montrant des figures-types et universelles des troubles et des joies de l’adolescence. Ils cherchent à se rapprocher, ballotés entre attirance et retenue, à mieux se comprendre eux-mêmes au-delà des frustrations ressenties, sublimées dans l’espoir ou refoulées dans la privation. Les scènes racontent ces moments simples, parfois drôles, souvent délicats, qui construisent la trame d’une réflexion sur la solitude, la construction de soi, la rencontre et le besoin de liens humains.

Le spectacle propose une écriture vive et sensible. Les personnages avancent comme dans une danse légère, parfois maladroite, parfois joyeuse. Quelques répliques font mouche. Chaque mot semble posé avec soin pour peindre des instants d’incertitude, d’envie et de découverte de soi. L’ensemble revêt le charme discret et diffus d’une ambiance proche du conte, piquée d’une poésie feutrée et onirique. Les sourires, les rires et les pensées se croisent, les émotions se partagent.

L’unité de lieu crée une sensation d’intimité généreuse et permet à la pièce de devenir l’antichambre de confidences qui s’échangent en murmures sincères. De superbes lumières éveillent un décor qui semble suspendu entre rêve et quotidien. Parfois chaleureuses, parfois bleutées, elles sculptent les visages et mettent en valeur la fragilité ou la force des gestes. Quand le calme s’installe, le moment résonne dans l’air et se transforme en invitation à regarder, à écouter. La mise en scène d’Alain Batis laisse chaque espace silencieux porter son émoi. Les transitions s’enchaînent sans heurt.

Le jeu des comédiens séduit par son naturel. Mélina Fagot, Victoria Fagot, Yann Malpertu et Romane Wicker font circuler l’énergie entre eux avec une douceur rafraîchissante. Les instants drôles surgissent sans éclat artificiel, tandis que les passages plus sensibles touchent discrètement sans appuyer. L’équilibre entre légèreté et gravité, baigné d’émotion, se fait spontanément. Elles et ils nous montrent adroitement des personnages qui tâtonnent, se découvrent et avancent avec précaution, entre espoir et légèreté. Cela sonne vrai. La sincérité éclaire chaque parole, et la musique évanescente de Guillaume Jullien l’accompagne sans s’imposer.

Pluie dans les cheveux révèle un souffle doux. L’histoire offre un paysage intérieur, une exploration intime, aux portes de l’imaginaire. Elle parle des moments d’attente et d’espoir ténu qui foisonnent dans les années de jeunesse. Tout reste mesuré, généreux, humain. Nous sommes complices, convoqués dans notre mémoire, partageant ces instants de douceur et de doute, et de douleur et de vérité, grâce à la bienveillance permanente qui se dégage.

Dans une atmosphère intime et sensible, l’essentiel du spectacle réside dans la subtilité des dialogues, dans les pauses et les regards, dans les gestes et la musique. Du théâtre de récit simple et profond avec des personnages joliment interprétés. Du théâtre qui sait nous captiver, que le texte et la mise en scène mettent en avant avec finesse. Je recommande ce spectacle agréable et touchant.

Spectacle du 4 décembre 2025

Frédéric Perez

 

De Tarjeï Vesaas. Traduction Marina Heide, Guri Vesaas et Olivier Gallon.  Dramaturgie Jean-Louis Besson. Mise en scène Alain Batis. Scénographie Alexandra Terlizzi. Assistanat à la mise en scène Esteban Bidet et Sandrine Lamblin. Costumes Jean-Bernard Scotto. Lumières Nicolas Gros et Noémie Viscera. Musique Guillaume Jullien.

Avec Mélina Fagot, Victoria Fagot, Yann Malpertu, Romane Wicker. Et le musicien Guillaume Jullien.

Compagnie La Mandarine Blanche.

 

Photos © Patrick Kuhn
Photos © Patrick Kuhn
Photos © Patrick Kuhn

Photos © Patrick Kuhn

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