
La Passion des femmes s’installe au Studio Hébertot avec une ambition tranquille et une allure de salon littéraire mis en mouvement. Le projet regarde Guy de Maupassant par le prisme d’une adaptation qui rassemble plusieurs figures féminines afin de dessiner une traversée plutôt qu’un récit.
Cette adaptation théâtrale de Jean-Pierre Hané choisit la fragmentation. Il ne s’agit pas de raconter une histoire mais d’assembler des situations, des paroles, des états, pour faire entendre des femmes qui composent avec les contraintes sociales et affectives de leur temps sans s’y soumettre docilement. Les textes se succèdent sans chercher à les fondre dans une narration continue. Ce parti pris assume un morcellement qui installe un rythme d’entrées et de retraits, à l’image de ces figures féminines qui avancent, se retirent, puis reviennent avec une détermination tranquille.
Le matériau de Maupassant, souvent incisif et bref, se prête assez bien à ce principe. Les mots se rappellent à nous, parfois sages, parfois ironiques, et la scène devient un espace de circulation pour ces voix féminines qui passent, se croisent, se répondent à distance. L’ensemble progresse par touches successives, comme un album feuilleté à voix haute.
Jean-Pierre Hané privilégie une mise en scène lisible et confortable, qui laisse la place au texte sans chercher l’esbroufe. Les déplacements sont mesurés, les situations clairement dessinées, avec une attention portée à la clarté plutôt qu’à l’effet. Le choix semble guidé par une volonté de rendre ces textes accessibles, sans les plier à une modernité insistante. Cette sobriété peut donner le sentiment d’une mise en espace appliquée, elle offre aussi une continuité douce qui évite la démonstration.
Le plateau fonctionne comme un lieu d’exposition. Les personnages viennent s’y poser, échangent, s’affrontent ou s’expliquent, puis laissent la place. Cette mécanique répétée crée une forme de familiarité. Les spectateurs saisissent rapidement les règles du jeu et peuvent se concentrer sur les variations de ton et de situation. L’humour affleure par moments, discret, souvent lié à la cruauté feutrée de Maupassant plutôt qu’à une intention comique. Quelques sourires circulent, parfois des rires, portés par des situations reconnaissables et par une ironie qui n’appuie jamais trop fort.
Le spectacle accompagne sans surprendre. Le parcours avance avec sympathie, sans forcer l’adhésion, en laissant les textes suivre leur propre chemin. Cette approche évoque une lecture incarnée, soignée et prudente, qui assume sa théâtralité sans chercher à l’élargir.
Le projet trouve sa cohérence dans cette modestie assumée. L’interprétation se tient dans une ligne simple avec des moments de comédie qui trouvent naturellement leur place. Nous retiendrons cette scène ravissante jouée avec brio par Catherine Piffaretti et Jean Pierre Hané, où il est question d’argent conjugal. Un petit délice.
La Passion des Femmes ne cherche pas à redéfinir Maupassant ni à bousculer les codes du théâtre littéraire. La proposition prend la forme d’une promenade aimable, souvent plaisante, destinée à celles et ceux qui aiment entendre des textes finement écrits, accompagnés d’une pointe d’humour et d’une bienveillance jamais appuyée.
Spectacle du 4 janvier 2026
Frédéric Perez
De Guy de Maupassant. Adaptation et mise en scène de Jean Pierre Hané.
Avec Bérengère Dautun, Catherine Piffaretti, Rose Sorin, Mateo Autret Vasquez et Jean Pierre Hané.
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