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Cette savoureuse pièce de Rémi De Vos transforme un geste maladroit, suite à la crémation de la grand-mère, en une comédie nerveuse et jubilatoire, avec un mélange d’insolence et de précision qui fait mouche. Le texte est d'une efficacité redoutable et réjouissante. Un petit-fils, sa mère et une jeune fille amie d’enfance, et une urne qui se brise avec les cendres qui s’éparpillent.

Une situation déjà trop grande pour ces trois-là, qui tentent de la contenir. Le rire naît ici d’un dérèglement immédiat, presque banal dans son point de départ, puis savamment amplifié. La mort plane, bien sûr, mais elle agit comme un aiguillon comique plutôt que comme un poids symbolique. Le texte joue la vitesse, l’accumulation, la parole lancée pour masquer l’essentiel, et cette mécanique entraîne les spectateurs dans un mouvement continu.

La mise en scène de Nikson Pitaqaj met en évidence la folie qui sous-tend le texte, entre absurde et surréalisme. La narration est parsemée d’incongruités et de décalages hasardeux. La netteté et la tension du plateau, les mouvements agités ou suspendus des personnages, les postures improbables, les regards appuyés, parfois plus éthérés, attirent notre attention sur la circulation des corps et des mots.

Les situations s’enchaînent avec une logique implacable, proche du vaudeville, mais sans clinquant. Elles boitillent même parfois, bousculées par ces maladresses qui s’amoncellent. Et ce réfrigérateur qui occupe une place centrale, point de fixation des inquiétudes, il condense à lui seul l’absurdité de la situation. La scénographie reste au service du jeu et de la dynamique d’ensemble, laissant toute la place à l’écriture et à ses accélérations.

L’interprétation trouve un équilibre entre précision et abandon. Christopher Mampouya compose un Simon pris dans ses contradictions, nerveux, attachant, constamment débordé par ce qu’il provoque lui-même. Face à lui, Naïma Gheribi dessine la jeune Anne, volontaire et mobile, dont l’énergie devient moteur de l’intrigue. Mirjana Kapor impose une présence, une figure maternelle envahissante, à la fois familière et inquiétante, qui pousse le désordre à son point de bascule. Le trio fonctionne comme un engrenage bien huilé, où la moindre réplique déclenche une réaction en chaîne.

Le rire surgit de la reconnaissance immédiate de ces emballements familiaux, de ces mensonges trop grands pour être contenus. Sous la vivacité du texte, une observation acérée des rapports affectifs se dessine, sans jamais alourdir le plaisir du jeu.

Cette pièce est surprenante. Une comédie regorgeant de paradoxes qui montre un théâtre de ruptures, nous baladant entre absurde et vertige. Une comédie sombre, vive et généreuse, où la légèreté du rire s’appuie sur une mécanique dramatique d’une remarquable justesse.

 

Spectacle du 2 février 2026

Frédéric Perez, spectactif.com

 

De Rémi De Vos. Mise en scène Nikson Pitaqaj. Décors Anne Sophie Pathé. Costumes Anne Sophie Pathé. Lumières Nikson Pitaqaj. Musique Christopher Mampouya. Assistante mise en scène Mirjana Kapor. Compagnie Libre d'Esprit (www.libredesprit.net).

Avec Mirjana Kapor, Naïma Gheribi, Christopher Mampouya.

 

Photos @ Mo-Amphour
Photos @ Mo-Amphour
Photos @ Mo-Amphour
Photos @ Mo-Amphour

Photos @ Mo-Amphour

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