Déroutante, Apaisante, Malicieusement inquiétante.
L’Obéissance est tellement douce est un spectacle qui avance à pas feutrés, presque sur la pointe des pieds, et qui pourtant s’attarde doucement en nous.
Dès l’entrée en salle, nous sommes accueillis comme des invités : on nous offre un verre, tandis que l’un d’eux s’inquiète soudain de la cuisson d’un gâteau qu’on a oublié d’enfourner — une étourderie légère qui fait sourire et donne d’emblée le ton du spectacle. Ce geste d’hospitalité crée immédiatement une relation sympathique et chaleureuse avec celles et ceux qui ont choisi de faire un pas de côté.
MARTIN — On est très heureux de vous accueillir.... on espère que ce moment passé ensemble permettra de clarifier les choses, pour vous comme pour nous
Lilou, Jules, Martin et Édouard ont choisi de s’éloigner de cette « société liquide » qu’ils ne nomment jamais mais que nous reconnaissons tous. Ils se sont réfugiés dans un coin de campagne, un lieu à moitié en ruines, où tout reste possible. Chacun avance à son rythme, tente de donner du sens à sa vie, cherche sa place et essaie de comprendre le monde à partir de ce qu’il voit, ressent et entend. Rien ici ne ressemble à une utopie triomphante ni à un manifeste politique. Tout est hésitant, fragile, parfois naïf. Et c’est précisément dans cette fragilité qui nous touche.
JULES — On essaye de vivre autrement, d’inventer une nouvelle vie. Mais c’est quoi une vie nouvelle qui n’est pas reliée à la vie des autres ?
La mise en scène est orchestrée avec un tempo lent et modéré : chaque regard prend toute son importance. Les gestes sont simples, les silences nombreux, et les discussions ne mènent pas toujours à une conclusion. Le temps s’étire : Lilou, Jules, Martin et Édouard ne cherchent pas à convaincre ni à prouver quoi que ce soit. Ils apprennent à être ensemble, à observer le monde, à redonner sens à ce qui compte.
La scénographie, sobre, laisse place à l’imaginaire. Plus tard, une grande toile peinte tombe et couvre le fond de scène. Trop belle, trop grande, presque envahissante, elle fait sourire et provoque le débat… évoquant un monde oublié, celui d’avant.
Jules Bisson, Lucie Epicureo, Martin Mesnier et Édouard Sulpice ont choisi une écriture de plateau entièrement collective. Nous sentons régner entre eux l’amitié et la confiance : aucun rôle n’écrase l’autre. Il n’y a ni chef, ni leader, ni figure héroïque. Juste des individus qui essaient de s’accorder, de s’écouter, de faire tenir ensemble des désirs parfois contradictoires, une belle énergie partagée. Ils nous réjouissent : la justesse de leur jeu et leur talent se révèle dans chaque mimique, chaque geste, chaque nuance de regard.
Un théâtre qui, sans hausser le ton, murmure une urgence : celle de tout réinventer, ensemble, sans grande certitude mais dans un élan commun.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com
Ecriture, mise en scène et jeu : Jules Bisson, Lucie Epicureo, Martin Mesnier et Édouard Sulpice / Écriture et dramaturgie : Bogdan Kikena d’après une idée originale de Édouard Sulpice / Scénographie et costumes : Valentine Lê / Conception et réalisation de la toile peinte : Sarah Barzic, Loïse Beauseigneur, Denis Cavalli, Jeanne Daniel-Nguyen et Valentine Lê / Lumière : Alessandra Assous-Aldana et Clarisse Bernez-Cambot Labarta / Son :Marion Cros / Régie générale : Clarisse Bernez-Cambot Labarta / Production et administration : Agathe Perrault - La Kabane et Sarah Baranes - La Kabane
Théâtre de la Cité internationale 17, bd Jourdan 75014 Paris / 9 → 21 FÉVRIER
lundi, mardi – 20 h / jeudi, vendredi – 19 h / samedi – 18 h / relâche mercredi et dimanche
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