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Un spectacle doux et parfois âcre, que l’on suit le sourire aux lèvres, reconnaissant dans cette histoire d’amour ses ratés universels. Quand la solitude se rêve à deux, la rencontre devient un pari délicat, et le spectacle s’en amuse avec élégance.

Adaptées de la nouvelle de Fiodor Dostoïevski, ces Nuits blanches racontent quatre rendez-vous nocturnes à Saint-Pétersbourg entre un homme trop prompt à idéaliser et une jeune femme lestée d’espoirs contrariés. Ronan Rivière choisit la voie d’une clarté narrative assumée. Le récit avance sans lourdeur, porté par une langue vive qui conserve l’ironie acide du texte et son humour discret. La pièce se déroule comme une confidence qui dérape doucement, jusqu’à laisser affleurer une cruauté sentimentale très reconnaissable.

La mise en scène de Rivière situe l’action dans un espace d’attente, presque banal, où la nuit autorise les aveux et les emballements. Le décor d’Antoine Milian suggère sans imposer, laissant la place aux corps et aux mots. Cette économie sert le propos. Tout est joué dans les maladresses, les silences trop pleins et les phrases volontairement un peu précipitées. C’est très bien fait.

Ronan Rivière interprète cet homme solitaire avec une gaucherie touchante. Le jeu oscille entre sincérité désarmante et égoïsme candide, donnant au personnage une dimension à la fois drôle et inquiétante. Face à lui, Laura Chetrit compose une superbe Nastenka vive et fragile. Elle apporte une énergie nerveuse, presque imprévisible, qui empêche toute mièvrerie. Les échanges gagnent ainsi en tension, et le public perçoit peu à peu comment le rêve partagé se fissure.

Au piano, Olivier Mazal interprète la musique de Sergueï Rachmaninov avec finesse et virtuosité. Il impose une présence attentive, jamais illustrative, qui structure le temps du spectacle et lui donne une respiration musicale précise, une mélancolie tendre, sans appuyer les sentiments ni détourner l’attention du jeu.

Le choix de traiter Les Nuits blanches comme une comédie de la solitude fonctionne pleinement. L’humour piquant est souvent là où on ne l’attend pas et renforce la portée du propos. Le spectacle touche par sa simplicité et par cette façon très juste de montrer comment l’amour fantasmé se heurte au réel, parfois brutalement.

Ce spectacle séduit parce qu’il mêle tendresse et lucidité, fait ressentir la fragilité de l’illusion amoureuse, et s’appuie sur un sens du théâtre qui frappe juste.

Spectacle du 8 janvier 2026

Frédéric Perez, spectatif.com

 

De Fiodor Dostoïevski. Adaptation Ronan Rivière d’après la traduction d’Ely Halpérine Kaminsky. Mise en scène Ronan Rivière. Scénographie Antoine Milian. Costumes Corinne Rossi. Lumières Sébastien Husson. Musique Sergueï Rachmaninov.

Avec Ronan Rivière et Laura Chetrit. Au piano, Olivier Mazal.

 

© Pascal Gely

© Pascal Gely

© Yves Poey

© Yves Poey

© Pascal Gely

© Pascal Gely

© Yves Poey

© Yves Poey

© Yves Poey

© Yves Poey

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