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Une expérience scénique originale qui se situe entre le théâtre amateur et le théâtre professionnel où le ludique prévaut à l’artistique. La promesse est séduisante, l’expérience déroute. Je reste partagé.

Au 100ecs, Mange et deviens poursuit le cycle L’Adolescence de l’Art imaginé par Alexandre Koutchevsky et Jean Boillot. Après le théâtre et la musique (nous avions adoré Quatre mains), place à la cuisine comme terrain de construction intime.

Stéphanie et Giovanni se rencontrent aux funérailles de leur père. Elle, parisienne. Lui, Mexicain du Yucatán. Ils se découvrent demi-sœur et demi-frère. À partir de ce choc, la fiction tisse un aller-retour entre souvenirs d’enfance, recettes héritées et questions de transmission.

Le fil narratif, intéressant dans son principe, avance par fragments. Il est régulièrement interrompu par l’activation du dispositif participatif. Une douzaine de spectateurs deviennent chœur, guidés par des smartphones, et interviennent à des moments programmés. L’idée amuse, elle engage et crée une complicité immédiate dans la salle. Pourtant, dès que le processus s’enclenche, la tension émotionnelle s’effondre pour moi. La mayonnaise théâtrale ne prend pas. L’attention glisse du récit vers le jeu collectif, et je perds le fil sensible.

Cela n’enlève rien à l’engagement des interprètes. Stéphanie Schwartzbrod et Giovanni Ortega tiennent de bout en bout ce grand jeu de l’oie culinaire et mémoriel. Elle apporte une précision délicate dans l’évocation de l’enfance et des plats maternels. Lui insuffle une énergie chaleureuse, teintée d’humour, avec des éclats venus d’ailleurs. Leur complicité fonctionne. Les passages purement narratifs, notamment autour des souvenirs liés au père, trouvent une justesse simple qui touche.

La mise en scène de Jean Boillot, présent comme meneur de jeu, privilégie la proximité et l’épure. Le dispositif tri-frontal et l’adresse directe installent une atmosphère conviviale. L’ensemble se regarde comme un laboratoire joyeux où théâtre, goût et technologie se rencontrent.

Reste une sensation plus contrastée sur la durée. L’ennui peut gagner sur l’intérêt lorsque les séquences participatives s’étirent ou se répètent dans leur mécanique. Le spectacle revendique le partage. Je comprends l’intention et j’en apprécie l’audace. Je m’interroge davantage sur l’équilibre entre récit et dispositif.

Mange et deviens propose une expérience collective généreuse, inégale par la dynamique même du dispositif, portée par une comédienne et un comédien convaincants qui jouent admirablement le jeu jusqu’au bout. Une aventure participative savoureuse pour les curieux du mélange des genres, qui accepteront que le jeu pour le jeu prenne souvent le pas sur l’émotion théâtrale.

Spectacle du 11 février 2026

Frédéric Perez, spectatif.com

 

De Alexandre Koutchevsky. Mise en scène Jean Boillot. Avec Stéphanie Schwartzbrod et Giovanni Ortega. Création musicale Mathieu Chamagne. Conception numérique Maxime Touroute et Rémy Dupanloup. Création lumière Emmanuel Nourdin. Costumes Pauline Po. Régie générale Perceval Sanchez.

 

 

https://100ecs.fr/theatre-mange-et-deviens/

 

 

Photos © DR
Photos © DR

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