Vibrant, Saisissant, Puissant.
Monica Isakstuen, écrivaine et dramaturge norvégienne née en 1976, écrit des romans et des pièces de théâtre sur les relations familiales, la maternité et les pressions sociales. Son roman Vær snill med dyrene a reçu le Brage Prize en 2016. Son théâtre se caractérise par un style intime et psychologique, centré sur les émotions et les tensions entre les personnages.
Après la création Dan Då Dan Dog de l’auteur suédois Rasmus Lindberg, Pascale Daniel-Lacombe, directrice du Méta CDN Poitiers Nouvelle-Aquitaine, poursuit son exploration des textes nordiques au gré de sa collaboration avec Marianne Ségol, traductrice et dramaturge de théâtre, artiste associée du CDN.
Il est minuit et demi. Tout semble immobile dans cet appartement familier. Un père veille encore dans la cuisine après une longue journée, tandis que l’enfant dort à côté. Mais l’apparition d’une femme bouleverse cette scène ordinaire. Est‑ce une apparition ? Un souvenir ? Une projection de l’imaginaire ? Elle dit être la mère de l’enfant et pose la question qui fait vaciller l’équilibre : pourquoi n’est‑elle pas là ?
La pièce s’inspire des albums d’Alfons Åberg, où l’enfant vit seul avec son père, sans que la mère ne soit jamais évoquée. Ici, l’absence de la mère devient le sujet central. Si elle est la mère, pourquoi n’habite‑t‑elle pas avec eux ? Que signifie cette absence ? Quelles conséquences sur la famille et les relations ?
Les hypothèses se succèdent : départ volontaire, disparition, liberté, culpabilité. Aucun récit n’est imposé. La pièce invite le spectateur à réfléchir sur ce que veut dire « être là » ou « ne pas être là », et sur le poids symbolique de la présence de la mère.
Le père, incarné avec justesse par Bertrand Pazos, et celle qui pourrait être la mère, dont le rôle est porté avec brio par cinq comédiennes – Julie Papin, Zoé Briau, Armelle Abibou, Anne Duverneuil et Laure Wolf – explorent avec intensité, fougue et vivacité les différentes raisons de l’absence de la mère. Qu’est‑ce qui a causé cet éloignement ?
La mère se présente toujours ainsi : « La première que je peux être » puis elle décrit ce qu’elle est ou pourrait être. Si elle ne veut pas être mère, qui est‑elle vraiment ?
« La première que je peux être » apparaît comme par un coup de baguette magique, aujourd'hui elle est là pleine de questionnements et de remontrances sinon elle est tout simplement ailleurs...
Puis les « Xème que je peux être » se font entendre. L’une est victime, l’autre violente ; l’une est internée, tandis qu’une autre a quitté sa ville pour s’installer ailleurs. L’une est en prison, une autre est peut‑être morte…
C’est troublant, saisissant, parfois violent : la souffrance, l’exil et la marginalité frappent avec force et puissance.
La mise en scène, magnifiquement orchestrée par Pascale Daniel-Lacombe, transforme le plateau en laboratoire où l’on observe les hypothèses se former et se défaire. La direction des acteurs est remarquable : chaque interprétation est poignante et profondément juste. Le père et la mère explorent ensemble différentes versions de leur histoire, qui se transforment et se contredisent. Nous sommes témoins d’une enquête impossible.
La scénographie de Damien Caille-Perret est ingénieuse, malicieuse et poétique. Au centre de la scène, un plateau tournant, au mouvement doux mais perceptible, semble évoquer l’insaisissable et la fragilité de toute vérité. Autour de lui, les éléments de cuisine, minutieusement conçus, se démontent et se remontent en un instant, transformant la scène de partage des biens en un tableau à la fois grotesque et fascinant. La cage de scène, toujours visible, dévoile la mécanique du théâtre et rappelle le lien constant entre fiction et réalité. Enfin, une chute de neige, délicate comme un voile, enveloppe l’ensemble et suspend l’instant, ajoutant une touche poétique.
Les lumières de Manon Vergotte sculptent l’espace nocturne, isolant parfois un personnage dans un halo fragile avant de replonger la scène dans une pénombre propice au doute, transformant l’espace scénique en un univers nocturne mystérieux.
La création sonore de Clément-Marie Mathieu enveloppe la scène et intensifie les émotions.
Armelle Abibou, Zoé Briau, Anne Duverneuil, Julie Papin, Bertrand Pazos et Laure Wolf nous captivent et nous émeuvent par la justesse, la finesse et la vitalité de leur jeu, donnant ainsi vie à toute la richesse de ce spectacle.
Et au-delà rien n’est sûr est un spectacle puissant, sensible et troublant qui explore l’absence de la mère. La scène finale, au seuil de la chambre de l’enfant, ne donne aucune réponse, laissant persister une force d’amour silencieuse et invitant chacun à réfléchir à l’absence et à ses propres interrogations.
Une expérience théâtrale forte et saisissante, qui mérite d’être découverte.
Claudine Arrazat – critiquetheatreclau.com
Traduction et dramaturgie : Marianne Ségol / Création sonore : Clément-Marie Mathieu / Assistante à la création : Héloïse Swartz / Régie générale et régie lumière : Mathieu Marquis / Régie plateau : Gaspard Toulet / Chant : Pascal Gaigne
En collaboration avec Marianne Ségol, traductrice, dramaturge et artiste associée du CDN
Le Méta Up - CDN de Poitiers Nouvelle-Aquitaine
Sur le campus de l'université, bâtiment A10 – 2 rue Neuma Fechine Borges, Poitiers
Générale de presse : lundi 9 mars à 17h
Du mardi 10 au samedi 14 mars : du mardi au vendredi à 20h, samedi à 19h
Tournée
Théâtre de Bressuire : 12 novembre
Scène nationale du Sud Aquitain Bayonne et CDN de Caen : semaine du 16 au 20 novembre
Gallia Théâtre Saintes : entre le 23 et le 25 novembre
CDN d’Angers : entre le 29 novembre et le 3 décembre
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