Réjouissant, Dynamique, Eloquent.
Avec L’École des femmes, Frédérique Lazarini propose une lecture contemporaine et lumineuse de la comédie classique de Molière. La pièce explore le contrôle, l’emprise et les désirs, tout en trouvant un équilibre entre légèreté et gravité.
Arnolphe, homme d’une cinquantaine d’années, a façonné Agnès depuis l’enfance pour en faire l’épouse idéale : ignorante, docile, protégée du monde et donc — croit-il — à l’abri de toute trahison. Mais la mécanique se dérègle. Depuis son balcon, la jeune fille découvre l’extérieur, aperçoit Horace, et l’amour s’engouffre dans la faille…
Au premier regard, la scénographie de François Cabanat s’impose naturellement. En un coup d’œil, tout est compris. Sans discours, sans lourdeur, elle éclaire la situation et révèle les enjeux.
Côté cour, une maison de verre laisse apparaître la chambre d’Agnès. On la voit à sa machine à coudre, appliquée, tranquille, répétant son geste avec douceur. Elle coud comme elle vit : sans bruit, sans révolte, dans un monde étroit que d’autres ont organisé pour elle. Derrière cet écran de verre, Agnès est protégée et séparée du monde, mais le verre peut se briser…
Côté jardin, le salon d’Arnolphe est transformé en centre de surveillance, dominé par un grand écran. Arnolphe manipule les images, observe, surveille et épie le moindre mouvement d’Agnès. Rien ne lui échappe — du moins le croit-il.
Alain et Georgette, ses valets, ne sont plus de simples domestiques : leurs costumes les transforment en agents de sécurité. Ils participent à ce dispositif de contrôle permanent.
La maison devient un lieu sous haute surveillance, où l’autorité d’Arnolphe se déploie jusque dans les moindres détails, faisant glisser la comédie vers un théâtre de la surveillance, où le rire se teinte d’inquiétude.
Frédérique Lazarini nous offre une adaptation contemporaine et magnifiquement orchestrée de L’École des femmes. La pièce résonne avec notre époque : un monde sous surveillance, où la liberté n’est qu’illusion, où tout se regarde et se contrôle, et où la fascination pour les écrans renforce le pouvoir et la manipulation. Sa mise en scène met en lumière, avec une grande délicatesse, la violence de cet enfermement et les limites franchies par un adulte. Rien n’est appuyé, mais derrière les rires, l’ombre d’une violation de l’intime se devine, et le trouble s’installe en douceur.
Cédric Colas campe un Arnolphe fascinant dans son autorité obsessionnelle, mélange de contrôle froid et de ridicule attachant. Sa présence domine l’espace et chaque geste trahit sa surveillance constante.
Sara Montpetit, dans la fragilité lumineuse d’Agnès, incarne l’innocence et la douceur, rendant palpable la vulnérabilité d’une jeune fille exposée à l’emprise d’un adulte.
Emmanuelle Galabru et Alain Cerrer, les valets, se transforment en véritables agents de surveillance, la justesse de leur jeu accentue le climat de contrôle et de tension.
Hugo Givort prête à Horace une énergie vive et contagieuse, tandis que Guillaume Veyre donne à l’ami d’Arnolphe une présence élégante et subtile.
Cette adaptation est à la fois réjouissante, captivante et pleine de finesse. Elle fait rire, questionne et interpelle, et prouve que Molière, bien contemporain, continue de parler avec force de nos obsessions et de nos fragilités.
Claudine Arrazat Critiquetheatreclau.com
Adaptation, Dramaturgie et Mise En Scène Frédérique Lazarini Assistée De Lydia Nicaud
Scénographie Et Lumière François Cabanat Assisté De Tom Peyrony Et Grégory Lechat
Costumes Dominique Bourde Et Isabelle Pasquier
Musique Et Son François Peyrony
Vidéo Hugo Givort
avec
Cédric Colas ARNOLPHE, dit "Monsieur de la Souche"
Sara Montpetit AGNÈS, amoureuse d'Horace, nièce de Chrysalde
Hugo Givort HORACE, amoureux d'Agnès, fils d'Oronte
Guillaume Veyre CHRYSALDE, ami d'Arnolphe et oncle d'Agnès
Emmanuelle Galabru GEORGETTE, paysanne, servante d'Arnolphe
Alain Cerrer ALAIN, paysan, valet d'Arnolphe / ORONTE, père d'Horace et ami d'Arnolphe
et la voix de Michel Ouimet Préceptes du Mariage
(durée du spectacle 1h35)
/image%2F1888510%2F20151102%2Fob_25821c_theatre.jpeg)