
Trois peintres, vingt ans, pas un sou. Et une idée fixe, une sacrée envie de changer la peinture. La naissance de l’impressionnisme ressemble ici à l’aventure d’une bande d’amis. C’est précisément ce qui donne au spectacle son énergie et son charme.
Le texte de Vincent Marc s’attache à une période très précise. Les années de jeunesse de Claude Monet, Auguste Renoir et Frédéric Bazille, quand rien n’est encore joué. Les toiles ne trouvent pas toujours preneur, les parents s’inquiètent, les discussions sur l’art s’enflamment. Le spectacle regarde ce moment fragile avec Bazille comme point d’observation. Issu d’un milieu plus aisé, il observe ses amis lutter pour vivre de leur peinture, les aide, tout en poursuivant la même ambition artistique.
J’apprécie la façon dont l’écriture reste concrète, ancrée au réel. Les conversations parlent d’esthétique mais aussi de loyers impayés, d’ateliers glacials, de repas frugaux ou impossibles. L’histoire de l’art se construit ici dans les échanges et la camaraderie. Monet avance avec obstination, Renoir avec une énergie communicative, Bazille avec une sensibilité attentive aux autres. Cette circulation entre leurs caractères donne au spectacle une fluidité qui retient l’attention.
La mise en scène privilégie le mouvement et la clarté. Le plateau reste volontairement léger et les transitions s’enchaînent avec souplesse. Quelques accessoires, un déplacement ou un changement d’attitude suffisent à faire apparaître un atelier, un salon ou un voyage en train. Tout cela se déroule aisément. L’attention se concentre sur les échanges, sur l’élan des jeunes artistes et sur leurs discussions passionnées autour de la peinture. Les scènes avancent avec rythme et les comédiens disposent d’un espace de jeu laissant circuler les idées et les interactions.
La troupe fonctionne en complicité. Théophile Douin (Bazille), Gabriel Mirété (Monet) et Édouard Edilber (Renoir) portent avec énergie ces jeunes artistes. Trois prestations remarquables à saluer. François-Xavier Drevet (Cézanne) et Marceau Gavrel (Émile Zola) participent avec justesse à rendre les scènes vivantes et rythmées. Emma Boddaert, comme les autres comédiens, compose plusieurs rôles. Cette distribution mobile permet, au fil du récit, de faire apparaitre quelques figures du monde artistique de l’époque, esquissées en quelques traits percutants.
Ce qui séduit tient au ton général. Le spectacle parle de peinture avec sérieux sans jamais devenir pesant. Les échanges restent accessibles et passent par les personnalités, les enthousiasmes et les doutes de ces jeunes artistes encore loin de la gloire.
Avant les musées et les livres d’histoire de l’art, Monet, Renoir et Bazille étaient surtout trois jeunes peintres obstinés qui travaillaient beaucoup et discutaient peinture avec passion. La pièce rappelle avec vivacité que les grandes aventures artistiques commencent souvent dans un atelier mal chauffé ou un bistrot plein de gaîté. Le spectacle en donne une évocation vive et très plaisante.
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Spectacle du 7 mars 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
Texte de Vincent Marc. Mise en scène de Théophile Douin et Édouard Edilber. Collaboration artistique de Julien Gallix.
Avec Emma Boddaert, Théophile Douin, Édouard Edilber, Marceau Gavrel, Gabriel Mirété et François-Xavier Drevet.
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