/image%2F1888510%2F20260405%2Fob_65b200_645231452-4235376846726552-27361585767.jpg)
Attendre n’a rarement été aussi vivant, aussi drôle, aussi vertigineusement humain.
On croit connaître En attendant Godot, et pourtant cette version en révèle une fraîcheur presque insolente. Jacques Osinski confirme une affinité profonde avec l’écriture de Samuel Beckett. Il prend le temps, il donne des temps. De vrais temps de théâtre, de ceux qui laissent venir les silences, s’installer les pauses, et avec elles une densité inattendue, une qualité d’écoute qui m’avait déjà frappé en juillet dernier à Avignon. Rien n’est pressé, rien n’est appuyé. C’est précisément dans cet espace que l’imaginaire et la poésie circulent.
Le texte continue de poser ses questions sans chercher à les résoudre. Que faire de cette attente qui devient une condition d’existence ? Comment tenir debout quand le sens se dérobe ? Vladimir et Estragon parlent pour rester là, pour ne pas disparaître. Cette parole, tour à tour triviale et lumineuse, devient un terrain de jeu d’une précision réjouissante. Tout vise à faire entendre et sentir au plus près la matière de la pièce. Une attente remplie de présence, un temps suspendu entre deux vides, des hommes qui parlent pour ne pas tomber.
Denis Lavant et Jacques Bonnaffé forment un duo d’une évidence exceptionnelle. Leur complicité s’impose sans démonstration. Denis Lavant avance avec une liberté presque enfantine, capable de faire surgir le burlesque comme la mélancolie dans un même mouvement. Jacques Bonnaffé installe une présence plus posée, plus ancrée, qui donne au duo une assise remarquable. Les gestes prolongent les mots, les silences deviennent des partenaires de jeu à part entière.
Face à eux, Aurélien Recoing et Peter Bonke introduisent une tension plus brutale. Le rapport de domination s’incarne avec précision, sans caricature. L’équilibre de l’ensemble tient à cette circulation constante entre comique et inquiétude. Le temps semble avancer et tourner sur lui-même dans le même mouvement.
/image%2F1888510%2F20260406%2Fob_0e0d18_655956709-4258213117776258-68019993219.jpg)
La mise en scène d’Osinski suit une ligne claire. Peu d’effets, peu de signes inutiles, mais une attention constante au rythme et à la présence. Le plateau devient un espace mental autant qu’un lieu concret. Le public s’y projette sans effort, porté par cette simplicité qui laisse toute la place au jeu, avec un engagement sincère et une humanité palpable.
Le rythme et les ruptures sont pesés. L’alternance entre silences et parole, entre l’humour noir teinté d’autodérision et la mélancolie, est dosée avec précision. Tout vibre d’une vérité intérieure sans forcer. L’attente devient organique, la tension entre les personnages reste toujours juste. Le public rit, réfléchit, ressent, sans jamais être écrasé par le propos.
Je n’ai pas résisté au plaisir de retrouver ce spectacle une seconde fois, et le plaisir est resté intact.
Je retrouve ce bonheur d’être suspendu à un texte tant de fois entendu et pourtant redécouvert. Une inflexion, un silence, et tout se déplace. Le rire surgit souvent, accompagné d’une tendresse inattendue pour ces figures qui attendent sans savoir quoi attendre.
Une attente infinie, sans réponse ni Godot, et un spectacle qui donne furieusement envie d’y rester. Un spectacle puissant, comme une explosion théâtrale mémorable.
/image%2F1888510%2F20260405%2Fob_144254_5-masques.png)
Spectacle du 5 avril 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Samuel Beckett. Mise en scène Jacques Osinski. Scénographie Yann Chapotel. Costumes Sylvette Dequest. Lumières Catherine Verheyde. Photos © Pierre Grobois.
Avec Peter Bonke, Jacques Bonnaffé, Denis Lavant, Aurélien Recoing et à l’écran Léon Spoljaric Poudade.
/image%2F1888510%2F20260405%2Fob_b7fa13_affiche-godot-40x60-26.jpg)
https://www.theatre-atelier.com/event/en-attendant-godot-beckett-denislavant-2026/
/image%2F1888510%2F20151102%2Fob_25821c_theatre.jpeg)
/https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2F-xmPfbKrqnI%2Fhqdefault.jpg)