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Un titre qui déraille, et un spectacle qui transforme cet écart en terrain de jeu fin et jubilatoire. Une fantaisie musicale où l’absurde devient un art du détour.
Le cadre semble familier, un récital, un chanteur lyrique, un piano. Puis la mécanique se dérègle volontairement. Le barython Gilles Bugeaud interrompt, bifurque, parle. Il installe une adresse directe au public qui donne au spectacle sa couleur singulière. Ce glissement progressif ouvre un espace plus personnel, où les chansons cessent d’être de simples numéros pour devenir les fragments de parcours amoureux faits d’élans contrariés et de rêves un peu cabossés.
Je trouve là une intelligence du montage. Le répertoire, puisé dans la chanson humoristique française, traverse les époques avec une gourmandise assumée. Bourvil, Fernandel, Les Frères Jacques, Boby Lapointe, Jean Yanne côtoient des signatures plus confidentielles. Rien d’érudit pourtant dans la manière de les convoquer. Gilles Bugeaud privilégie la circulation à la démonstration. Les chansons dialoguent et déplacent le regard avec une finesse constante.
L’humour s’installe dans une forme de pince-sans-rire très maîtrisée. Cette retenue donne au propos une saveur particulière. Derrière la légèreté, une forme de malice lucide se dessine autour des illusions sentimentales et des récits fabriqués.
Sur scène, Gilles Bugeaud impose une présence sans emphase. La formation lyrique se retrouve dans la qualité impeccable du chant et se met au service d’un jeu précis, presque minimal et tout à fait fluide. L’artiste avance avec une liberté qui semble naturelle et pourtant très construite. Cette manière de cheminer sans appuyer crée une proximité immédiate.
À ses côtés, Christophe Manien joue un rôle déterminant. Le piano accompagne, relance, commente presque. Le dialogue entre les deux artistes devient un moteur discret mais essentiel. Le récital initial se transforme peu à peu en véritable moment de music-hall au charme légèrement désuet du tour de chants d’antan, revisité avec espièglerie.
Ce qui me touche tient à cet équilibre. Le spectacle assume son héritage tout en le rendant vivant, actuel, jamais figé. Les chansons retrouvent une fraîcheur inattendue, comme redécouvertes dans l’instant. Les spectateurs rient beaucoup, mais restent aussi attentifs à ce fil plus sensible qui traverse l’ensemble.
Un spectacle qui cultive l’art du décalage avec élégance. Un moment de plaisir musical superbement interprété.
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Spectacle du 7 avril 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
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