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Un récit de famille qui se fissure, une mémoire trop bien rangée, et c'est toute une histoire qui déplace le regard là où tout semblait déjà enfoui.
Dysfonctionnelles prend appui sur un motif familier, celui d'un secret transmis de génération en génération, et lui redonne une densité très concrète. Joséphine revient brisée d’une mission à l’étranger. Le diagnostic reste flou, presque commode.
La narration préfère creuser ailleurs. Le spectacle interroge ce qui circule en silence dans une famille, ce qui se tait, se déforme, se protège.
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Ce déplacement du regard capte l'attention par sa justesse. Ce qui se joue déborde largement de l’événement lui-même et prend corps dans les relations intrafamiliales, ses non-dits et ses interdits.
L’écriture d’Elisabeth Gentet-Ravasco et Fanny-Gaëlle Gentet assemble les morceaux avec une composition en puzzle. Les scènes naviguent entre présent et souvenirs. Ce va-et-vient produit une forme de tension douce. Le récit procède par dévoilements successifs, avec une attention constante aux liens entre les personnages. Cette précision de construction nous tient en haleine. Le texte ne cherche pas à expliquer, il met en relation.
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Un texte très tenu qui privilégie la précision à l’effet, et fait apparaître, dans l’intime, une organisation du silence. Le spectacle installe peu à peu un trouble persistant qui nous accompagne tout le long.
La mise en scène de Stephen Szekely choisit un cadre resserré et fluide qui met les corps et les circulations au premier plan. Les déplacements dessinent des lignes de force très lisibles, les variations de lumière accompagnent les passages entre présent et mémoire. L’ensemble crée une sensation de continuité troublée, où les époques semblent coexister plus que se succéder, et cette superposition produit un vertige discret mais réel. Ce savoureux vertige d'une fiction bien ficelée.
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Le trio d’interprètes resplendit. Véronique Augereau donne au personnage de la tante une présence ancrée, avec une autorité douce qui porte sa part du non-dit. Meaghan Dendraël construit une Joséphine troublée, fragmentée, dont les silences comptent autant que les mots. Clara Symchowicz introduit une tension plus frontale, presque nerveuse, qui configure les rapports de force. Cette tension donne au plateau une intensité quasi électrique qui porte le texte et les situations. Une belle dynamique collective apparaît dans la circulation des regards, dans les rapports de force qui se déplacent d’une scène à l’autre.
Une mécanique familiale qui se grippe, et tout un système de silences se met à nu. Un spectacle prégnant, une mise en vie réussie.
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Spectacle du 13 juillet 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
Texte Elisabeth Gentet-Ravasco, Fanny-Gaëlle Gentet. Mise en scène Stephen Szekely. Collaboration artistique Einat Landais. Création son Michael Pothlichet. Création lumière Sébastien Vergnaud. Vidéo Fanny-Gaëlle Gentet. Photos © DR.
Avec Véronique Augereau, Meaghan Dendraël, Clara Symchowicz.
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9725-dysfonctionn-elles
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