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Cette formule d'Alain Badiou, très souvent reprise ici ou là, continue d’interroger le théâtre contemporain, de résonner au moment où les scènes accueillent des formes toujours plus hybrides. Que représente-t-elle ? Voici mon point de vue.
Le philosophe ne défend pas un retour à un prétendu âge d'or du théâtre littéraire. Il ne conteste ni la force du geste, ni l'inventivité des écritures visuelles, ni la puissance d'évocation des spectacles où les mots occupent une place réduite. Il reconnaît d'ailleurs l'existence de créations remarquables qui se passent largement de texte.
Sa réflexion touche plutôt à la nature même du théâtre. Le texte représente à ses yeux ce qui rattache l'art théâtral à une mémoire et à une transmission. Une représentation s'achève, disparaît, laisse des souvenirs plus ou moins précis. Le texte, lui, demeure. Il traverse les époques, circule d'une génération à l'autre, suscite de nouvelles lectures et de nouvelles mises en scène. Molière, Tchekhov ou Koltès continuent ainsi d'habiter les plateaux bien au-delà de leur temps.
La remarque de Badiou invite aussi à regarder le théâtre dans sa singularité. La danse possède son langage propre. L'image règne dans le cinéma et irrigue désormais de nombreuses formes scéniques. Le théâtre dialogue avec ces arts, les accueille volontiers, s'en nourrit parfois avec bonheur. Pourtant quelque chose lui résiste encore. La parole, qu'elle soit portée par un texte dramatique, un récit ou une écriture contemporaine, continue souvent d'organiser la rencontre entre les acteurs et les spectateurs.
La question n'est évidemment pas tranchée. Certains créateurs considèrent aujourd'hui que la scène peut produire du sens sans s'appuyer sur un texte préexistant. D'autres demeurent convaincus que les mots constituent le cœur battant de l'expérience théâtrale. Entre ces deux pôles, le débat reste vivant.
C'est peut-être là l'intérêt durable de la formule de Badiou. Elle ne cherche pas à fermer une porte. Elle nous dit que le théâtre se définit moins par la domination d'un langage que par l'équilibre toujours mouvant entre le corps, l'image et la parole. C'est dans cette rencontre, jamais tout à fait prévisible, que naissent à la fois la réflexion, l'émotion et le désir de revenir au théâtre.
Frédéric Perez
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