Quatre heures quarante-huit. Cet horaire précis résonne à plusieurs reprises comme un compte à rebours au Théâtre de l'Atelier.
« Un texte testamentaire d’1h20, incarné par la formidable Sandrine Bonnaire. L’autrice Sarah Kane livre avec une force inouïe ce chant d’amour, sa soif et son désespoir de vie, sa quête absolue de beauté. »
Jacques Osinski choisit de dépouiller le plateau pour confier le trajet à la seule parole. Le texte de Sarah Kane, restitué ici dans une traduction renouvelée de Vanasay Khamphommala, se dresse dans une nudité bouleversante.
La représentation avance pas à pas au rythme d'une obstination farouche. On guette le basculement, on guette la fêlure exacte où la pensée cède sous la pression. La mise en scène d’Osinski assume une rigueur ascétique, refusant de transformer la détresse en exhibition. Yann Chapotel signe une scénographie vidéo qui prolonge l'espace, tandis que Catherine Verheyde donne des ombres et des clartés précises pour circonscrire ce territoire mental.
Sandrine Bonnaire joue d'évidence. Elle s'empare de cette partition intime avec densité, loin de toute apparence marquée. Un jeu sobre et puissant, simple et naturel, direct. Elle fuit la posture pathologique ou la composition d'hôpital.
Sa présence sur scène relève d'une exigence physique, d'un engagement de chaque instant. Les mots tombent avec netteté, portés par une colère rentrée qui s’échappe parfois mais qui toujours, refuse le pathos. Pas trop loin d’elle, la silhouette en vidéo de Frédéric Leidgens, sa parole au timbre singulier, surgissent en contrepoint, matérialisant cette figure médicale à la fois espérée et rejetée par une conscience en perdition.
C'est un combat mené à l'os, qui laisse intacte la violence de l'écriture. Il restera cette voix nue et souveraine, cette traversée âpre menée de bout en bout. Sandrine Bonnaire est brillante.
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Spectacle du 1ᵉʳ octobre 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Sarah Kane. Traduction Vanasay Khamphommala © L’Arche Éditeur. Mise en scène Jacques Osinski. Scénographie Yann Chapotel. Lumières Catherine Verheyde. Dramaturgie Marie Potonet. Photos © Laura Long Nguyen.
Avec Sandrine Bonnaire et la participation de Frédéric Leidgens.
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