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Sur la scène côté jardin, un magnifique piano noir Steinway & Sons B. Côté cour, un écran blanc utilisé pour projeter des illustrations en lien avec la narration. Dès l'entrée en salle, la petite musique d'un toy piano se fait entendre tandis qu'un jeune enfant jouant sur cet instrument apparaît sur l'écran. Et tout de suite, l'imaginaire est mobilisé par la curiosité.
Une soirée inédite et délicieuse où les frontières se déplacent entre les genres musicaux. Sur les planches du Théâtre de Passy, Erik Berchot ne se contente pas d’être pianiste (et quel pianiste !), il se fait narrateur en confidences. J'ai été frappé par la virtuosité exceptionnelle d'Erik Berchot, une prestation incroyable de fluidité et de tonus.
Lauréat du prestigieux Concours Chopin de Varsovie, il possède cette technique instrumentale qui sait se faire oublier au profit de l'émotion pure, grâce à un toucher nuancé et tonique. Dans ce spectacle musical, il partage ses liens intimes avec trois figures que je ne m’attendais pas à voir réunies. Frédéric Chopin, Michel Legrand et Charles Aznavour traversent la soirée sous ses doigts, convoqués à la fois par la mémoire et pour l'hommage. Étonnantes découvertes que ces compagnonnages et ces amitiés tellement chaleureuses et sensibles, l’émotion pointe et touche.
L'exercice évite l'écueil du récital académique pour épouser un rythme vivant. Les partitions d'Aznavour et de Legrand font l'objet de transcriptions pour piano ou de réductions d'orchestre particulièrement vibrantes, condensant la masse harmonique au seul piano sans en perdre les couleurs ni les lignes mélodiques. Et Chopin ? Il s'invite au programme à travers le parcours de l'interprète, rappelant son ancrage classique avant ses complicités de scène et de cinéma.
Chaque transition coule de source, portée par une sincérité désarmante. Le public retient son souffle à l’écoute des passages les plus intimistes, attentif aux nuances de jeu qui nous font passer naturellement d'un univers à l'autre et révèlent la surprenante complémentarité de ces répertoires.
Grâce à une mise en scène sobre, l'attention est centrée sur l'écoute et stimule la curiosité de l’instant pour ce qui va suivre. Les enchaînements d’illustrations, souvent des photos de travail ou des captures d’écran de film, colorent les souvenirs partagés, nous laissant imaginer la force des liens tissés. L’intérêt pour le récit et la précision au clavier saisissent et tiennent en haleine. La voix off de Macha Méril apporte une ponctuation délicate, tout en livrant des explications précieuses.
Ce pianiste hors pair ravive ses souvenirs de scène avec une évidente générosité, proposant une rencontre originale où la technicité, bien qu’impressionnante, s’efface totalement derrière le plaisir d'offrir. Une parenthèse d'une rare élégance, qui touche juste. Je recommande ce moment aussi riche qu’inattendu. C’est un très beau spectacle.
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Spectacle du 27 octobre 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
Texte Erik Berchot.
Avec Erik Berchot et la voix de Macha Méril.
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