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spectatif.com – Spectacle LA MAISON DE BERNARDA ALBA au théâtre de la cité universitaire. Federico García Lorca. Thibaud Croisy. Laurey Braguier. Elsa Bouchain, Charlotte Clamens, Céline Fuhrer, Michèle Gurtner, Emmanuelle Lafon, Helena de Laurens, Frédéric Leidgens, Lucie Rouxel, Laurence Roy, Hélène Schwaller.

 

Un huis clos étouffant où l'on s'insulte quand on se parle et où l'on se tait par peur. En s'emparant de La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca, Thibaud Croisy ne joue pas avec le folklore ibérique, il décortique les dégâts d’une communauté refermée sur elle-même.

La nouvelle traduction signée par Thibaud Croisy et Laurey Braguier fait jaillir une langue actualisée où les répliques blessent autant qu'elles révèlent, tout en respectant le langage de Lorca. La mise en scène de Croisy met en tension la violence, les désirs réprimés et l'aspiration à la liberté, dans un enchaînement implacable qui subjugue. C’est étouffant. Les tensions s'accumulent peu à peu dans cet espace clos jusqu'à l'éclat final.

 

spectatif.com – Spectacle LA MAISON DE BERNARDA ALBA au Théâtre de la Cité internationale. Federico García Lorca. Thibaud Croisy. Laurey Braguier. Elsa Bouchain, Charlotte Clamens, Céline Fuhrer, Michèle Gurtner, Emmanuelle Lafon, Helena de Laurens, Frédéric Leidgens, Lucie Rouxel, Laurence Roy, Hélène Schwaller

 

Adieu les clichés de l'Andalousie de carte postale et l'uniformité des silhouettes féminines, le parti pris de Thibaud Croisy fait le choix de la disparité. Disparité des corps, des âges et des horizons théâtraux. Les filles de Bernarda, que le texte originel de Lorca donne plus jeunes, sont ici incarnées par des comédiennes plus âgées, proches de la cinquantaine. Ce décalage volontaire accentue la mélancolie tchekhovienne de ces célibataires enfermées. L'absurdité de leur condition s’expose avec une force plus appuyée.

Nous assistons à une formidable et implacable démonstration de démence. Celle d’une folie qui a pris place dans une réclusion imposée et qui ne peut contenir toutes les pulsions retenues qui finissent par s’échapper. Ces scènes surréalistes qui viennent parsemer le récit sont un pur régal d’imaginaire impromptu et respirant.

 

spectatif.com – Spectacle LA MAISON DE BERNARDA ALBA au Théâtre de la Cité internationale. Federico García Lorca. Thibaud Croisy. Laurey Braguier. Elsa Bouchain, Charlotte Clamens, Céline Fuhrer, Michèle Gurtner, Emmanuelle Lafon, Helena de Laurens, Frédéric Leidgens, Lucie Rouxel, Laurence Roy, Hélène Schwaller

 

Sur scène, la distribution emporte tout.

La très jeune servante jouée pêchue par Lucie Rouxel et la grand-mère plus âgée (Laurence Roy, délirante et visionnaire à souhait) donnent au plateau un contraste saisissant.

Charlotte Clamens compose une Bernarda à la rigidité cassante. Elle en fait apparaître les failles et la solitude, sans renoncer à une théâtralité parfois grotesque.

Autour de Bernarda, les sœurs composent un ensemble moins uniforme qu'il n'y paraît. Michèle Gurtner prête à Angustias une dignité austère, malgré l'espoir d'un mariage qui pourrait changer son existence. Chez Emmanuelle Lafon, Martirio semble retenir une colère qui perce dans ses paroles et ses postures. Helena de Laurens donne à Adela une énergie rebelle, impatiente de briser l'enfermement. Magdalena et Amelia, jouées par Elsa Bouchain et Céline Fuhrer, paraissent plus résignées, sans échapper aux jalousies qui travaillent la fratrie.

Le rôle de la Poncia, sorte de Cassandre magnifiquement sublimée par Frédéric Leidgens, apporte un trouble singulier. Sa lucidité s'accompagne d'une habileté parfois retorse. Loin d'une caricature, son jeu met à nu la duplicité du personnage et déplace la confrontation, transformant le duel entre les serviteurs et la maîtresse en un affrontement aux visages multiples nourri par une hostilité de classe, faite de mépris, de ressentiment et de soumission forcée.

Hélène Schwaller, avec Prudencia, l’amie de Bernarda, nuance le climat de résignation qui traverse la pièce, incarnant une sagesse têtue face au fatalisme.

Thibaud Croisy signe un spectacle percutant, qui montre toute la morsure du texte de Lorca. La mise en scène très habile et l’interprétation remarquable font superbement apparaître ce qui rend la pièce si violente. À force de vouloir contenir les désirs bouillonnants, l'autorité castratrice finit par rendre toute issue impossible.

 

 

Spectacle du 16 octobre 2026

Frédéric Perez, spectatif.com

 

De Federico García Lorca. Nouvelle traduction Thibaud Croisy et Laurey Braguier (L’Arche éditeur). Mise en scène Thibaud Croisy. Scénographie Sallahdyn Khatir. Lumières Caty Olive. Musique Manuel Coursin. Costumes Angèle Micaux. Son Manuel Coursin. Collaboration artistique Élise Simonet. Photos © Martin Argyroglo.

Avec Elsa Bouchain, Charlotte Clamens, Céline Fuhrer, Michèle Gurtner, Emmanuelle Lafon, Helena de Laurens, Frédéric Leidgens, Lucie Rouxel, Laurence Roy, Hélène Schwaller.

 

 

Tag(s) : #Frédéric Perez
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