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Un titre simple, presque apaisé. On pourrait s’attendre à une promenade, un moment suspendu, une rêverie bucolique. Mais très vite, dès les premières minutes, on comprend qu’il s’agit d’autre chose. De beaucoup plus. D’un vertige délicieux.

« Deux auteurs lisent la pièce qu’ils sont en train d’écrire et qui s’appelle « Au bord de l’eau ». Au début, leurs personnages, encore invisibles dans les cintres du théâtre, vont peu à peu faire leur entrée dans l’imaginaire du public. À la fois narrateurs, philosophes et interprètes des quatre personnages qui arrivent au bord de l’eau, Le public, lui, est emmené dans la fiction et participe à une véritable duperie, à une étonnante parodie de lecture que mènent de bout en bout les deux vrais auteurs de la pièce. »

Sur scène, Eve Bonfanti et Yves Hunstad. Ils sont auteurs, lecteurs, personnages, illusionnistes, philosophes, spectres parfois. Assis derrière une table, avec quelques papiers, des micros, et cette chose fragile et redoutable : La parole.

Ils nous annoncent qu’ils vont lire une pièce en train de s’écrire. Elle s’appelle Au bord de l’eau, comme le spectacle. Une mise en abyme immédiate, tranquille, sans ostentation. On croit d’abord à une lecture, puis à une répétition, puis à une fiction. On ne sait pas, on ne sait plus. Le trouble s’installe. On rit, souvent. Mais d’un rire intrigué, attentif. Car ce qui est montré ici, ce n’est pas le fil d’un récit, c’est la fabrication même du théâtre. Sa mécanique, sa poésie, ses pièges. Et sa propre mise en abyme. Un délice.

Les personnages de leur pièce, quatre disent-ils, flottent quelque part, dans les cintres ou dans l’imagination collective. Puis, lentement, sans costume ni effet, les voilà qui prennent vie. Par la simple magie de l’évocation, du rythme, du ton, du glissement des voix. Bonfanti et Hunstad les incarnent tour à tour, parfois à deux, parfois seuls. On ne voit rien venir, et soudain tout est là. Une femme ainsi, un homme comme cela, une présence, un regard. Des êtres flous, mouvants, mais étonnamment familiers. C'est bluffant.

La force du spectacle ne tient pas dans une narration, mais dans son mouvement perpétuel, dans son art du détour. Les deux auteurs jouent avec les codes comme avec des dominos instables. Les mots s’enchaînent, s’écroulent, rebondissent. Le langage devient un terrain de jeu infini. Les fausses pistes, les développements surréalistes, les références scientifiques détournées s’enchaînent avec un plaisir contagieux. Ce n’est pas un pastiche, c’est une jubilation.

Et derrière cette légèreté apparente, il y a une profondeur, un vertige. Qu’est-ce qu’un auteur ? Un personnage est-il libre ? Qui décide de ce qui est vrai ou vraisemblable ? Où commence le théâtre, où s’arrête-t-il ? Le public rit, doute, attend. Il participe sans s’en rendre compte à une véritable supercherie quasi machiavélique, menée de bout en bout avec une précision chirurgicale par deux maîtres de la fiction.

Ce spectacle est comme un rêve lucide qui désoriente et éblouit. Il ne démontre pas, il n’assène rien. Juste, il ouvre des portes, déplace des lignes, met le théâtre cul par-dessus tête avec élégance et une tendresse pour ses artisans.

Les deux artistes sur le plateau, auteurs de leur performance, stupéfient par la maîtrise artistique et la finesse de leur complicité scénique. Leur jeu, loin de toute démonstration, repose sur une intelligence du texte et une écoute mutuelle qui forcent l’admiration.

Du théâtre audacieux et singulier comme on aime. Un spectacle très original qui surprend et captive. C'est drôle et intelligent. Courez-y !

Spectacle vu le 18 juillet 2025

Frédéric Perez

 

 

Conception et interprétation de Eve Bonfanti et Yves Hunstad.

 

Photos © DR
Photos © DR
Photos © DR
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