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Happy Apocalypse est sans nul doute un objet scénique insolite et inclassable. Un cabaret de fin du monde où tout se mêle. Le cri, le chant, la chute, la fête, la colère et la tendresse. Un théâtre du trop-plein qui refuse la résignation, qui nous regarde droit dans les yeux pour nous montrer notre propre effondrement, et qui paradoxalement, nous laisse avec l’étrange impression que quelque chose peut commencer.
« Elle s’appelle Perle. Elle est le premier enfant hybride de l’histoire de l’humanité. L’animal avec lequel elle est croisée est le Varan de Komodo. Happy Apocalypse est un conte musical électro-pop, une ode à la fragilité où le burlesque, la poésie, l’astrophysique et la métaphysique se croisent dans un tourbillon psychédélique. Des personnages fantasques et quelques animaux pour donner à l’humanité une chance de se réinventer. »
Le dispositif scénique est fluide et mouvant. On ne suit pas une narration linéaire, mais une série fragmentée de visions et de chants. Le théâtre de tableaux donne une enveloppe à la forme dramaturgique et crée un espace composé de ruptures, rempli d’une lucidité ironique.
C’est un théâtre qui déborde, qui refuse la mesure et qui préfère l’excès à l’aseptisation. C’est cette dispersion assumée qui donne sa puissance au propos. Il ne prétend pas expliquer, il expose. Il montre les corps en lutte, les voix qui se cherchent, les identités qui vacillent. Il embrasse le chaos sans complaisance, avec franchise et une façon de douceur.
Des rires s’échappent des spectateurs qui ne sont jamais mis à distance et qui restent tout le long saisis et interpellés, invités à rejoindre la danse. Une danse de résistance, une danse de ceux qui savent que tout brûle mais qui continuent à allumer des feux.
Les musiques, signées Jean-Christophe Dollé, Noé Dollé, Georges Hubert et Laurent Guillet, sont omniprésentes, jouées en direct et intégrées au cœur du jeu. Des musiques qui font corps avec les mots. Parfois abrasives, parfois d’une douceur désarmante, elles offrent un contrepoint essentiel à la densité textuelle. Car oui, le texte est dense, touffu, volontairement saturé.
Sur scène, Sol Espeche, Yann de Monterno, Géraldine Roguez, Noé Dollé, Rodrigo Viana, Pierre Martin, Clotilde Morgiève, Jean-Christophe Dollé, Simon Demeslay. Un chœur aux multiples visages et une voix (celle, enregistrée, de Solenn Denis). Tous traversés par une urgence vitale, tous porteurs d’un éclat du chaos. Leur jeu est organique, traversé par l’urgence, presque incandescent. Une présence très incarnée. Elles et ils dégagent une intensité collective, leurs personnages pris dans le flux d’un monde qui tangue.
Nous ressortons avec des images en tête et des mots qui résonnent encore. Une sensation étrange d’avoir traversé quelque chose d’inconfortable et d’important.
Intransigeant et détonant, voici un spectacle au message puissant, avec une mise en vie claquante et lumineuse. Un spectacle aux interpellations nécessaires.
Spectacle vu le 13 juillet 2025
Frédéric Perez
De Jean-Christophe Dollé. Mise en scène Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé assistés de Madeleine Fourtune. Chorégraphie Aurélie Mouilhade. Compositions Jean-Christophe Dollé, Noé Dollé, Georges Hubert et Laurent Guillet. Lumières, plateau et régie générale Simon Demeslay assisté de Lili Dollé. Son et programmation des claviers Georges Hubert. Scénographie et costumes Marie Hervé. Masques Olga Reis. Perruques Julie Poulain. Couture Julia Brochier.
Avec Sol Espeche, Yann de Monterno, Géraldine Roguez, Noé Dollé, Rodrigo Viana, Pierre Martin, Clotilde Morgiève, Jean-Christophe Dollé, Simon Demeslay et la voix de Solenn Denis.
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