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Dès les premiers instants, Isabelle Andréani impose une présence magnifique. Celle d’une femme, Madeleine Béjart, qui n’attend pas qu’on la raconte, mais qui décide de se dire elle-même, à voix nue, avec fierté, humour et tendresse, et une détermination ardente.

« Les sept derniers jours de Madeleine Béjart, première compagne de Molière, qui a été sa "mentor", sa muse, sa compagnonne de route, son ombre… La confession d'une immense comédienne, à l'aune de sa vie, dans une époque où les femmes étaient empêchées... »

Ce spectacle n’est pas une biographie figée. C’est une confession, un manifeste, une traversée intime et politique.

Pierre Olivier Scotto et Xavier Lemaire signent une partition fine, sensible, éminemment théâtrale. Ils ne cherchent pas à reconstituer froidement une époque, mais à faire vibrer une voix, celle d’une femme que l’Histoire, trop souvent, relègue au second plan. Elle fut pourtant cofondatrice de l’Illustre Théâtre, partenaire de Molière sur scène et dans la vie, pionnière d’un art au féminin dans une société corsetée. Le texte la révèle dans toutes ses contradictions, ses combats comme ses désirs. C’est une Madeleine Béjart de chair, d’esprit et de feu que nous voyons là.

Xavier Lemaire dans sa mise en scène évite tout effet démonstratif. Il se concentre sur l’essentiel. La parole et le geste au service du texte qui présente, en la magnifiant et sans jamais la sublimer, la figure emblématique d’une femme d’exception. Un espace scénique modulé avec subtilité où les tableaux se succèdent comme les pages d’un carnet intime.

Et puis il y a Isabelle Andréani ! Éblouissante comédienne. Nous la retrouvons avec un plaisir curieux et impatient de découverte. Ses personnages sont toujours marquants et son jeu remarquable. Ici encore, le corps et la voix donnent au spectacle sa force sidérante et son exquise sensibilité. Elle ne joue pas Madeleine Béjart, elle la fait revivre dans une incarnation juste, sans artifice, bouleversante d’humanité. Elle passe du rire aux larmes, du murmure à l’éclat, avec cette maîtrise avérée des grandes comédiennes de théâtre. Ce n’est pas seulement un hommage à une femme libre, c’est un acte de liberté scénique en soi.

Le spectacle interroge notre regard sur les femmes dans l’Histoire du théâtre. Qui a construit les légendes ? Qui en a été effacée ? À travers le destin de Madeleine Béjart, c’est toute une mémoire féminine qu’on ravive. Une mémoire vivante, précieuse et nécessaire.

Quand les lumières s’éteignent, nous nous sentons enrichis. Ce n’est pas un simple salut qui conclut la représentation, c’est une transmission. Un relais que la comédienne tend au public. Car Madeleine Béjart, comme nombre de femmes célèbres aux réputations escamotées, ne retourne pas au silence. Elle a sa place parmi nous. Et elle n’a pas fini de parler. Quel beau spectacle, vraiment. Et quelle comédienne ! Une standing ovation est venue saluer l'artiste à la fin, rien moins !

Spectacle vu le 8 juillet 2025

Frédéric Perez

 

De Pierre Olivier Scotto et Xavier Lemaire. Mise en scène de Xavier Lemaire. Scénographie de Caroline Mexme. Création lumière de Didier Brun. Costumes de Christine Vilers.

Avec Isabelle Andréani.

 

Photo © DR

Photo © DR

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