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Au Théâtre Montparnasse, Je me souviendrai de presque tout se déploie comme une traversée de liens familiaux, entre mémoire, blessures et désirs de transmission. Une conversation à la fois crue, cruelle et tendre entre trois générations.

« Un père, écrivain raté, et son fils adolescent voient leur routine bouleversée par l’arrivée du grand-père, un acteur célèbre, fantasque et irresponsable, majoritairement absent mais terriblement attachant. L’objet de cette visite : le grand-père voudrait que son fils l’aide à rédiger ses mémoires. Commencent alors des retrouvailles à la fois drôles, féroces et poignantes qui leur permettront de revisiter leur passé pas très commun. »

L’écriture d’Alexis Macquart s’exprime avec vivacité, portée par trois comédiens qui trouvent ensemble une harmonie convaincante. Macquart installe un décor familial où les non-dits pèsent autant que les mots et où l’humour vient souligner les tensions sans les alourdir, offrant à Pierre Arditi un rôle comme un pont d’or, taillé pour sa présence.

Le texte, tour à tour mordant, tendre et drôle, trace un chemin singulier. Il surprend par son humour grinçant, par sa capacité à faire surgir une émotion au détour d’un mot simple, par l’équilibre qu’il maintient entre la gravité et la légèreté. Cette écriture, claire et incisive, ouvre un espace de partage où chacun peut se reconnaître.

Chaque scène agit comme une pièce de puzzle relationnel. Une réplique acérée jaillit, une confidence affleure, le silence s’installe et donne tout son poids aux non-dits. Ces instants suspendus ouvrent une profondeur particulière, le théâtre se fait alors miroir des relations humaines dans leur complexité. Les comédiens jouent avec une sincérité palpable, parfois retenue à bon escient. Ils libèrent aussi des éclats, des fulgurances, des explosions qui bousculent et emportent. L’alternance entre réserve et intensité crée une dynamique vibrante, qui garde le spectateur curieux et attentif aux rebondissements.

La mise en scène de Julien Boisselier choisit une élégance discrète. Le rythme parfois lent permet aux transitions de s’installer avec naturel et une sorte de langueur hésitante. Chaque mouvement trouve sa place. Les jeux sont centraux, le reste est accessoire.

Pierre Arditi incarne avec justesse un grand-père fantasque et magnétique, acteur au soir de sa carrière, hanté par l’envie de raconter sa vie, de fixer ses souvenirs et dire enfin. Nicolas Briançon, brillant comme à son habitude, en fils écrivain, porte avec finesse et sensibilité, l’ambivalence d’un homme tiraillé entre admiration, colère et désir de distance. Miguel Vander Linden complète le trio en incarnant la nouvelle génération, celle qui observe, écoute et laisse affleurer ses blessures. Tous trois dessinent une fresque familiale où la tendresse se mêle aux fractures.

Le spectacle se vit comme une immersion dans l’intimité d’une famille, une plongée où se révèlent les contradictions, les élans d’amour, les colères enfouies, les oublis jamais refoulés. Le public traverse avec les personnages un chemin fait de tensions et d’apaisements, de failles et d’élans, de confrontations et d’instants lumineux.

Une impression de changement à l’œuvre dans cette parentèle s’installe vite et nous accompagne tout le long. Des émotions qui persistent, des questions qui perdurent en pensée. Je me souviendrai de presque tout s’impose comme un théâtre de l’humain, chaleureux, vibrant. Du théâtre d’acteurs comme on aime où tout se vit et se suggère dans les maux dits et les mots tus. Un théâtre qui vient nous parler tout près de ce qui relie et déchire à la fois. Une proposition sensible, chaleureuse et sincère.

Spectacle vu le 24 septembre 2025

Frédéric Perez

 

Texte Alexis Macquart. Mise en scène Julien Boisselier. Décor Jean Haas. Costumes Jean-Daniel Vuillermoz. Lumières Jean-Pascal Pracht assisté De Yannick Anché. Musique Pierre Tirmont. Assistante mise en scène Fanny Dussart.

Avec Pierre Arditi, Nicolas Briançon et Miguel Vander Linden.

 

Photos © DR
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