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On ne sait pas très bien à quoi s’attendre en entrant dans la salle Jean Tardieu du théâtre du Rond-Point pour Que Sera Sera. Le titre renvoie à la fameuse chanson du film ’’L’homme qui en savait trop’’ d’Alfred Hitchcock bien sûr, la musique d’ambiance pendant l’entrée du public ne se privant pas d’inonder la salle de ses variations orchestrales.

Mais quand même, on ne peut s’empêcher de se demander à quelle sauce nous serons mangés cette fois-ci, avec « tg STAN » ce collectif belge désormais réputé, où les comédiens créent et jouent ensemble sans metteur en scène, un théâtre libre, dépouillé et joyeusement irrévérencieux. Alors on s’installe et on attend, sereins et déjà curieux devant ce plateau aux allures de salle de montage et d’atelier rangé façon capharnaüm. Et on repense à ce titre, il amuse, il intrigue, et donne déjà une petite distance ironique. On verra bien, qui verra verra !

« Bert Haelvoet et Damiaan De Schrijver ont créé et jouent ce spectacle de théâtre à partir de l’ouvrage de référence emblématique de François Truffaut ’’Le cinéma selon Alfred Hitchcock’’ ».

Les deux comédiens et le régisseur sont déjà là, accueillants et concentrés. Ils ne chercheront pas à en mettre plein la vue mais à nous embarquer sur un terrain mouvant, entre théâtre et cinéma, hommage et jeu. L’effet est immédiat, on se laisse prendre.

Bert Haelvoet et Damiaan De Schrijver forment un duo surprenant. Ils avancent sans fracas mais avec truculence, d'une présence simple et vivante. On les regarde s’amuser à brouiller les pistes, à convoquer Hitchcock mais aussi Jean-Luc Godard comme des partenaires de scène, à mêler anecdotes, souvenirs, extraits et détournements. Leur complicité se lit dans les regards, dans les reprises à demi-mots, dans les petits ratés assumés qui deviennent des trouvailles. Tout cela donne une impression d’une liberté pure et d’un plaisir partagé. Et toujours, ce ton conversationnel et complice, cherchant parfois le décalage ou la rupture, les trouvant à coup sûr.

L’idée de convoquer le maître du suspense et un maître du cinéma d’auteurs, par fragments, par citations, par clins d’œil, pouvait paraître risquée. On aurait pu tomber dans l’hommage figé, dans le cours d’histoire du cinéma, ou dans la parodie. Rien de tout cela ici. Le spectacle choisit une autre voie. Interroger le regard, revisiter ce que nous croyons connaître. Une scène culte surgit, mais tordue, déplacée, comme pour nous dire « et si on la voyait autrement ? » C’est souvent dans ces décalages que naît le rire, parfois léger, parfois grinçant.

On se laisse donc balader sans boussole. Le fil n’est pas linéaire, et certains moments paraissent filer un peu vite, comme s’ils n’osaient pas se poser. Ce n’est pas gênant si l’on accepte le principe du vagabondage. Ceux qui aiment les récits bien droits risquent d’être un peu perdus, mais ceux qui aiment se laisser surprendre y trouveront un charme certain.

La sobriété de la mise en scène renforce cette impression. Pas de grand décor, juste ce qu’il faut de lumière et d’espace pour que l’essentiel surgisse. Le jeu, les voix, les corps, la mémoire des images, la projection d’’extraits vidéo. Cela suffit largement, et c’est même là que réside la force du spectacle. Rien n’encombre, tout respire et tout semble voué à la détente curieuse et cultivée, aux sourires et aux rires. Jusqu’à ponctuer le fil du spectacle d’interpellations du public pour tester ses connaissances et le récompenser de friandises lancées. Si je vous dis qu’il y a de la folie aussi dans ce spectacle, ne soyez pas surpris, c’est de toute évidence la veine artistique de cette entreprise.

À la sortie, il reste une drôle de sensation. On ne repart pas avec un récit clos, mais avec des images en tête, des questions qui continuent de trotter. On pense à Hitchcock, bien sûr, mais surtout à la manière dont le théâtre peut transformer notre regard sur ce que l’on croyait connaître par cœur. On se dit qu’il y a encore mille façons de revisiter les classiques, pour peu qu’on accepte de les déplacer et de les habiter autrement. Ce spectacle est une proposition sincère, intelligente et légère. Une invitation ludique finement travaillée à la (re)découverte d’un grand cinéaste. On y rit, on s’y interroge, on y trouve le plaisir complice d’être surpris.

Spectacle vu le 10 septembre 2025

Frédéric Perez

 

De Bert Haelvoet, Damiaan De Schrijver, Matthias de Koning. Texte d’après Le Cinéma selon Alfred Hitchcock de François Truffaut (éditions Gallimard). Vidéo Emma Hampsten. Costumes Elisabeth Michiels. Technique Tim Wouters.

Avec Bert Haelvoet et Damiaan De Schrijver.

 

Photos © Tim Wouters
Photos © Tim Wouters
Photos © Tim Wouters
Photos © Tim Wouters

Photos © Tim Wouters

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