Puissant, Poignant, Percutant.
En franchissant le seuil de la salle, notre regard est attiré par le magnifique rideau de scène aux couleurs mordorées, où se dessinent dans l’étoffe, aux deux extrémités, des squelettes aux ailes de monarque. Ils semblent flotter dans l’air, fantômes délicats, à la fois fragiles et puissants, évoquant l’extinction et la mémoire des corps disparus. Avant même le premier mot, nous sommes troublés et intrigués.
Les monarques.
Sur ce surprenant support, des images cinématographiques d’une grande beauté nous transportent. Elles retracent la vie et la migration des papillons monarques, lumineuses et délicates ; elles suivent leur traversée millénaire depuis le Canada jusqu’aux forêts sacrées du Mexique, offrant une invitation à regarder le monde vivant autrement.
Emmanuel Meirieu, à partir de cette migration aérienne, raconte deux histoires vraies qui se répondent sans se confondre. D’un côté, un parapentiste canadien s’envole avec les papillons monarques pour alerter sur leur déclin et en miroir, celui d’un candidat à l’exil, porté par l’espoir de franchir des frontières devenues obstacles mortels.
Du Nord au Sud, du Sud au Nord, ces trajectoires se croisent symboliquement. Le papillon devient alors un guide, un signe de résistance, un lien sensible entre les diverses migrations.
La Bestia. Le train de la mort.
Le rideau se lève sur un train de marchandises monumental, masse de fer imposante et menaçante. Sur son toit, des hommes, des femmes, des enfants se sont agglutinés, suspendus entre ciel et chute. L’image est saisissante, presque insoutenable.
À travers l’histoire de deux d’entre eux, le spectateur est plongé dans une réalité difficilement supportable, tant les conditions de survie sont effroyables. Emmanuel Meirieu ne cherche pas l’effet spectaculaire : la violence se dit dans la durée, dans l’attente, dans les silences qui pèsent plus lourd que les mots.
La scène finale est porteuse d’espoir et d’humanité : sa beauté poétique nous apaise et nous donne foi en un monde meilleur.
La mise en scène d’Emmanuel Meirieu est brillamment orchestrée, précise et profondément humaine. L’envol des monarques répond à la lourdeur du train, le ciel ouvert fait écho à l’enfermement de la ferraille. Le théâtre devient alors un lieu de passage et de survie.
La création lumière de Seymour Laval est magnifique. Les contre-jours, les ciels embrasés, les zones d’ombre sculptent l’espace et les corps, donnant au spectacle une dimension presque picturale et renforçant l’intensité émotionnelle des traversées.
Le décor, conçu par Seymour Laval et Emmanuel Meirieu, impressionne par sa justesse. Monumental sans être écrasant, il impose la présence du train, du vide, de l’attente, tout en laissant toute leur place aux corps et aux silences. Il devient un véritable paysage de migration.
Les sculptures, marionnettes, mannequins et accessoires d’Émily Barbelin sont tout simplement époustouflants. Nous sommes troublés, à tel point que nous nous croyons au milieu des migrants eux-mêmes, pris dans le convoi, partageant leur vertige, leur peur, leur humanité.
Les comédiens — Julien Chavrial, Odille Lauria, Jean-Erns Marie-Louise — habitent les corps fatigués avec une justesse rare. Chaque parole semble née de l’expérience vécue, chaque geste porte le poids du réel. Nous sommes bouleversés.
Ce spectacle interpelle par ce qu’il dit de notre monde. En célébrant les migrations, il rappelle que la fragilité du vivant. Au milieu du tumulte du monde, le théâtre reste un lieu de partage et, peut-être, de consolation.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com
Texte et mise en scène Emmanuel Meirieu et Jean-Erns Marie-Louise, avec la complicité de Julien Chavrial et Odille Lauria
Décor Seymour Laval et Emmanuel Meirieu / Création lumière Seymour Laval / Création son et musique Félix Mulhenbach / Création décor Seymour Laval, Emmanuel Meirieu / Création sculptures, marionnettes, mannequins et accessoires Émily Barbelin / Création costumes Moïra Douguet / Régie plateau Camille Lissarre / Renfort régie Jérémie Angouillant
Spectacle en co-réalisation avec le Théâtre Jean Vilar de Vitry sur Seine.
Théâtre des Quartiers d'Ivry - CDN du Val-de-Marne Manufacture des Œillets 1 place Pierre Gosnat 94200 Ivry-sur-Seine : Ven 16 jan à 20h / sam 17 jan à 18h / dim 18 jan à 16h / mar 20 jan à 20h / mer 21 jan à 20h
Tournée 2025 — 2026
MC2: Maison de la Culture de Grenoble - Scène nationale 29 et 30 janvier 2026
Théâtre d’Aurillac 26 et 27 mars 2026
L'Estive – scène nationale de Foix et de l'Ariège 2 avril 2026
Festival Mythos, Rennes 8 — 11 avril 2026
Les Célestins, Théâtre de Lyon 22 — 26 avril 2026
CDN de Normandie-Rouen 28 — 29 avril 2026
Le Volcan, Scène nationale du Havre 5 et 6 mai 2026
Le Bois de l’Aune, Aix-en-Provence 19 et 20 mai 2026
le Tangram - Scène nationale – Évreux 21 mai 2026
Anthéa - Antipolis, Antibes 26 mai 2026
/image%2F1888510%2F20151102%2Fob_25821c_theatre.jpeg)
/image%2F2626846%2F20260118%2Fob_1dc465_monarques-c-christophe-raynaud-de-lage.jpg)