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Un pas de côté… et l’autre aussi trouve au Théâtre de la Ville Sarah Bernhardt un écrin idéal pour son goût du détour et de la fantaisie. Drôle et parfaitement décalé, le spectacle avance avec une légèreté assumée, préférant l’élan à la démonstration. C’est un délicieux florilège de textes connus ou moins connus de Jean-Michel Ribes, extraits de ses pièces de théâtre ou de ses émissions de télévision qui firent et font encore le bonheur des amateurs de décalage à la franchise effrontée. Nous retrouvons cet univers singulier et décapant avec un vif plaisir.
Difficile de pas plonger avec délectation dans cette invitation à regarder autrement, à accepter la surprise comme principe actif du jeu théâtral, où les idées s’attrapent au vol, les situations nous sourient et l’imaginaire fait le reste.
Le spectacle multiplie les ruptures, les clins d’œil et les retournements. Les dialogues sautent d’un registre à l’autre, l’absurde surgit sans prévenir et les phrases s’emmêlent pour créer un rythme vif et précis. Il y a dans cette écriture une volonté de faire surgir l’humour dans l’inattendu et de jouer pleinement avec les mots, explorant chaque nuance pour générer à la fois surprise et complicité. Les répliques s’enchaînent comme de courtes échappées, offrant autant de points d’accroche que de moments inattendus.
Le projet imaginé par Jean-Michel Ribes s’organise en une suite de fragments, de situations et de textes qui dialoguent librement. L’ensemble ne cherche pas la ligne droite. Il préfère la bifurcation, le pas de côté justement, celui qui permet à l’humour de surgir là où on ne l’attend pas. Les spectateurs suivent ce mouvement avec une attention amusée qui devient complice, portés par une écriture qui fait confiance à l’intelligence du public.
La mise en scène de Jean-Michel Ribes, comme à son habitude, privilégie la clarté et la fluidité. Le plateau reste ouvert, disponible, prêt à accueillir les changements de rythme et de ton. Monsieur Ribes orchestre cet ensemble avec un sens précis de l’écoute, laissant les interprètes habiter les textes sans les figer. Cette souplesse donne au spectacle une vitalité constante.
L’interprétation nous séduit, au jeu comme au chant. Car oui, ce cabaret est truffé de propos et de saillies ravageurs et poétiques, en monologues ou en duos, et en chansons.
Quentin Baillot traverse les scènes avec une élégance décontractée. Il joue sur un fil subtil entre sérieux apparent et glissement absurde, offrant des moments d’une drôlerie discrète et efficace.
Justine Garcia apporte une vivacité réjouissante. Elle possède un sens aigu du tempo et une présence qui capte immédiatement l’attention, passant d’une situation à l’autre avec une aisance remarquable.
Ema Haznadar installe une tonalité singulière, presque flottante. Elle explore les nuances avec finesse, créant des instants inattendus qui ouvrent l’imaginaire, et elle nous offre à son tour un joli brin de voix chantée.
Marie-Christine Orry, que nous retrouvons avec joie, déploie une énergie communicative et précise. Elle joue avec une générosité qui entraîne la salle, alternant finesse et éclats plus francs.
David Migeot complète cet ensemble avec une présence souple et très maîtrisée. Il excelle dans l’art du pas de côté, celui qui surgit au moment juste et provoque le sourire ou le rire.
Et puis il y a la musique de Reinhardt Wagner, souvent là quand Jean-Michel Ribes sévit. Présent au piano, Monsieur Wagner accompagne le spectacle avec une élégance au charme burlesque sautillant. Il agit comme un partenaire de jeu à part entière. Il installe une atmosphère mouvante, tantôt espiègle, tantôt légèrement mélancolique, qui soutient les variations de ton.
Du théâtre de liberté et de plaisir partagé, qui fait appel à l’intelligence et à l’imagination du public. Ce spectacle célèbre l’humour comme lieu d’une pensée précise et joyeuse, et le jeu comme moteur d’une dynamique collective. J’ai adoré ce voyage ludique et chaleureusement déjanté.
Spectacle du 14 janvier 2026
Frédéric Perez
De Jean-Michel Ribes. Mise en scène Jean-Michel Ribes. Décors Elisa Ingrassia. Costumes Elisa Ingrassia. Lumières Hervé Coudert. Vidéo Pierre Martin-Oriol. Musique Reinhardt Wagner. Assistante mise en scène Olivier Brillet. Avec Quentin Baillot, Justine Garcia, Ema Haznadar, David Migeot, Marie-Christine Orry, et au piano Reinhardt Wagner.
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