Overblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

 

Dans Le Roi, la Reine et le Bouffon au Théâtre de la Tempête, chaque rire a une épine et chaque masque tombé finit par trouver sa vérité. Cette fantaisie absurde démonte la mécanique du conte comme un jouet trop sage que l’on ouvrirait pour voir ce qu’il cache. Crues et cruelles, drôles et franchement malicieuses, les scènes tordent nos attentes pour faire surgir une logique qui n’appartient qu’à elle, d’une originalité réjouissante.

La pièce de Clémence Coullon joue avec le quatrième mur sans relâche. La conteuse, remarquable Myriam Fichter, s’adresse au public, tombe amoureuse d’une spectatrice, déroule l’histoire et la replie aussitôt. Le récit se moque de la linéarité tout en explorant les pulsions de pouvoir, de domination et de renversement entre trois protagonistes enfermés dans un palais aux allures de bac à sable géant.

J’ai été saisi par cette énergie qui mêle burlesque et cruauté, comme si Tati croisait Beckett dans un château de cartes prêt à s’effondrer.

Le texte avance à visage découvert. Il installe une situation puis la fissure, contredit ses propres effets, exhibe ses ficelles avec une malice assumée. Cette lucidité donne au spectacle sa vigueur.

La mise en scène, signée par l’autrice, foisonne sans alourdir. Décors, costumes et lumières construisent un univers décalé où les échelles se brouillent et où les perspectives se dérèglent. Le plateau devient un terrain de jeu instable. Le rythme, précis, soutient l’ensemble et offre une remarquable partition aux interprètes.

Tom Menanteau en Roi, Clémence Coullon en Reine et Guillaume Morel en Bouffon composent un trio savamment désaccordé. Tour à tour pathétiques et flamboyants, ils jouent des corps et des voix comme s’ils jouaient des instruments légèrement déréglés. Les affrontements prennent la forme d’une farce tendue, où les attributs du pouvoir deviennent des objets instables et où les règles du conte se délitent sous nos yeux.

Myriam Fichter circule dans le récit avec une liberté délicieuse. Ironique, tendre, implacable parfois, elle relance l’action, déplace notre regard, nous entraîne dans une complicité qui finit par interroger notre propre place de spectateur.

Le Roi, la Reine et le Bouffon explore les coulisses du récit et en démonte les rouages avec une gourmandise contagieuse. Le spectacle s’amuse du pouvoir, du théâtre et de lui-même, et nous rappelle avec panache que les histoires tiennent debout tant que nous acceptons d’y croire. Un spectacle qui décoiffe autant qu’il pense.

Spectacle du 15 février 2026
Frédéric Perez, spectatif.com

 

Texte et mise en scène Clémence Coullon. Collaboration artistique Nadir Legrand, Agathe Mazouin. Collaboration dramaturgique Barbara Métais-Chastanier. Son Martin Jaugey, Simon Péneau. Lumières Félix Depautex. Costumes Lucie Duranteau. Scénographie Angéline Croissant. Création plastique Muriel Navarro.

Avec Clémence Coullon, Myriam Fichter, Tom Menanteau, Guillaume Morel.

 

Photos © Christophe Raynaud de Lage
Photos © Christophe Raynaud de Lage
Photos © Christophe Raynaud de Lage
Photos © Christophe Raynaud de Lage
Photos © Christophe Raynaud de Lage
Photos © Christophe Raynaud de Lage

Photos © Christophe Raynaud de Lage

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :