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Ce spectacle touche juste, avec une précision et une évidence qui s’imposent sans effort.
Trois femmes, trois âges, trois histoires qui s’entrelacent sans jamais se simplifier. L’écriture d’Arne Lygre avance avec une grande netteté. Tout circule. Les mots attrapent au plus près ce qui échappe. L’amitié devient un terrain instable où se mêlent attachement, rivalité, dépendance et désir d’émancipation. Je me suis laissé prendre par cette intelligence sensible qui observe sans juger et qui éclaire sans démontrer.
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Le texte creuse avec finesse les décalages entre ce que l’on croit donner et ce que l’autre reçoit. Il y a là une matière très concrète, presque quotidienne, et en même temps une réflexion plus vertigineuse sur l’image de soi, l’estime, la peur de perdre ou de ne pas compter. Le don et la dette traversent les relations, installant une tension constante, parfois imperceptible, parfois frontale. Les liens se nouent, se déplacent, se défont. Par moments, une réplique suffit à faire basculer une relation. Cette économie d’écriture rend tout plus incisif.
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La mise en scène de Stéphane Braunschweig épouse cette écriture au cordeau. Elle travaille les silences, les regards, les micro-variations de présence avec une attention constante. Les ruptures du texte trouvent un écho clair sur le plateau. La scénographie ingénieuse propose des effets visuels marquants qui accompagnent les déplacements intérieurs des personnages. Certains effets impressionnent par leur ampleur, peut-être un peu au-delà de l’intimité du propos, mais ils créent une distance qui relance sans cesse l’écoute.
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Au centre, les trois comédiennes composent un trio d’une grande tenue. Cécile Coustillac, Chloé Réjon et Clotilde Mollet donnent à leurs personnages une densité remarquable. Les variations de jeu, les tensions contenues, les moments de fragilité circulent avec une grande fluidité. Clotilde Mollet, en particulier, impose une présence singulière, à la fois autoritaire et fissurée, qui capte l’attention sans jamais écraser les autres. L’équilibre du trio se joue là, dans cette circulation des forces et des failles.
Du théâtre de l’intime qui joue avec une forme de catharsis, plaçant souvent le public devant un miroir légèrement décalé. J’ai adoré ce spectacle pour sa justesse et sa manière de nous atteindre sans appuyer.
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Spectacle du 20 mars 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Arne Lygre. Mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig. Traduction Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka. Collaboration artistique Anne-Françoise Benhamou. Collaboration à la scénographie Alexandre de Dardel. Costumes Thibault Vancraenenbroeck. Lumières Marion Hewlett. Son Xavier Jacquot. Assistanat à la mise en scène Clémentine Vignais. Photos © Simon Gosselin.
Avec Cécile Coustillac, Clotilde Mollet, Chloé Réjon.
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