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Spectacle Doux oiseau de jeunesse au théâtre de l’Épée de bois de Tennessee Williams mise en scène et jeu de Christophe Hatey et Florence Marschal

 

Le temps laisse toujours des traces, ici elles brûlent encore.

Créée en 1959, Doux oiseau de jeunesse occupe une place charnière dans l’œuvre de Tennessee Williams. Le lyrisme se présente encore, mais la cruauté sociale et politique prend une ampleur nouvelle. Et le spectacle en saisit la matière avec une franchise bienvenue.

Je retrouve ce texte avec une sensation immédiate de netteté. Tout est à vif. La trajectoire de Chance Wayne, jeune homme accroché à ses illusions, croise celle d’Alexandra de Carlo, actrice qui voit son image lui échapper. Deux solitudes, deux corps exposés au même vertige.

Ce qui frappe, c’est cette lutte entre jeunesse et vieillesse, entre espoir et renoncement. Williams écrit un monde où le temps n’efface rien, il l’expose. La mise en vie du spectacle accompagne ce mouvement avec une honnêteté crue et cruelle qui fait mouche.

Florence Marschal donne à Alexandra une présence à la fois acérée et fragile. Son Alexandra de Carlo installe d’emblée une lucidité tranchante, presque cruelle, puis laisse apparaître par glissements successifs une vulnérabilité plus trouble. Le regard, la tenue du corps, la façon de poser la voix, tout participe d’une construction fine, sans rupture visible. Une ironie sèche est proposée puis se fissure. Derrière l’assurance, quelque chose vacille.

Face à elle, Hugo Le Provot compose un Chance Wayne tendu, accroché à ses illusions avec une forme d’obstination presque touchante. Un doux oiseau de jeunesse. Le rapport entre les deux s’installe sur une ligne instable, entre dépendance et affrontement. Le duo fonctionne par contrastes et par frottements, ce qui nourrit une dynamique très vivante faite de désir et d’un attachement mêlé d’intérêt.

La mise en scène de Christophe Hatey et Florence Marschal choisit une épure qui laisse le texte travailler. Le plateau devient un espace mental où les rapports de domination s’inscrivent sans détour. La parole circule vite, parfois avec un sarcasme piquant. Ce léger décalage donne à la pièce une respiration, sans atténuer la dureté des situations.

La dimension politique surgit avec force. Le personnage de Finley, incarné en puissance par Christophe Hatey, impose une figure de pouvoir glaçante. Autorité brutale, discours moralisateur, obsession de contrôle des corps et des récits.  Le climat de ségrégation et de haine raciale ne reste pas en arrière-plan. Il contamine tout, jusqu’aux relations les plus intimes. Cette toile de fond donne à la pièce une résonance actuelle troublante.

Lou Tilly compose une Angéline marquée par la violence subie, avec une retenue qui touche juste. Stéphane Piller circule entre plusieurs figures avec une précision efficace et remarquable. L’ensemble crée une communauté de personnages pris dans une mécanique qui se révèle infernale.

Un théâtre qui regarde ses personnages tomber sans détour et ne cherche pas à nous en consoler. Une version de cette superbe pièce de Williams nette et engagée, solide et incarnée, qui ne s’oubliera pas.

 

 

Spectacle du 20 mars 2026
Frédéric Perez, spectatif.com

 

De Tennessee Williams. Mise en scène Christophe Hatey, Florence Marschal. Lumières Tristan Godat.

Avec Christophe Hatey, Florence Marschal, Hugo Le Provot, Stéphane Piller, Lou Tilly.

 

 

 

https://www.epeedebois.com/un-spectacle/doux-oiseaux-de-jeunesse/

 

Photos © Christophe Hatey
Photos © Christophe Hatey
Photos © Christophe Hatey
Photos © Christophe Hatey

Photos © Christophe Hatey

Tag(s) : #Frédéric Perez
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