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Une bouffée d'insolence juvénile qui transforme la mélancolie en une fête joyeusement ébouriffée traverse et ravage à son passage la mythique "Vie de bohème" de Puccini pour n'en garder que l'essentiel.
On connaît la ritournelle, ces artistes sans le sou qui grelottent sous les toits parisiens en attendant la gloire ou l'amour. Mais ici, point de dorures ni de tragédie. Le texte originel d'Henri Murger retrouve son souffle premier, celui d'une jeunesse qui refuse de plier le genou devant la grisaille du quotidien.
Ce spectacle de théâtre musical pose une question simple mais féroce. Peut-on encore se permettre l’insouciance quand on n’a rien dans les poches ?
Olivier Desbordes et ses complices y répondent avec un panache désarmant. Ils balayent la poussière des bibliothèques pour nous offrir une version où théâtre et musique se chamaillent dans une complicité délicieuse. Et cerise sur le gâteau, ils truffent la partition, parsimonieusement mais adroitement, des monologues courts des chanteurs sur leurs raisons d'être devenus artistes.
La mise en scène de Desbordes fait le choix de la proximité et de la vie brute. On oublie l’orchestre symphonique pour se laisser emporter par une plus petite formation composée d'un accordéon, d'un violon, d'un violoncelle, d'une contrebasse et de guitares. C’est un choix audacieux qui donne au spectacle une allure de bal populaire ou de film de cinéma en plein air. Bien vu !
Les décors et les costumes, loin d’être figés dans le XIXᵉ siècle de Puccini et Murger, apportent une touche de modernité qui rend les personnages plus proches. On sent que la direction d’acteurs a privilégié le mouvement, l’énergie et surtout l’humour. Les situations sont croquées avec acuité, sans pathos.
La sève de ce spectacle jaillit de l'engagement total de la troupe. Les interprètes affichent une générosité éclatante. Pauline Jolly et Charlotte Ruby apportent une nuance vibrante et une fraîcheur de jeu qui s'équilibrent merveilleusement dans le récit. Ulysse Mbenzu campe un Rodolphe à la fois solaire et vulnérable, tandis que Simon Catrice, Justin Domenicone et Nicolas Hézelot forment une bande de compères absolument savoureux.
Leur jeu comme leur technique vocale sont dépourvus de toute raideur, elles et ils habitent leurs rôles avec une aisance qui rend leurs prestations percutantes et touchantes. La musique, portée par Éric Allard-Jacquin, Maélise Parisot et Louis Ouvrard, enveloppe le tout dans une atmosphère chaleureuse qui donne envie de s'attabler avec eux pour refaire le monde.
Un spectacle qui envoie valser les habitudes pour offrir au public le goût du risque et des grands soirs. Un petit délice foutraque et chaleureux. La vie de bohème, on a dit ! Une découverte à ne pas manquer.
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Spectacle du 19 juillet 2026
Frédéric Perez
D'après la musique de Giacomo Puccini et le texte d'Henri Murger. Mise en scène Olivier Desbordes. Assistant mise en scène Joan Brunet Manquat. Livret arrangement dramaturgique Olivier Desbordes, Mari Laurila Lili, Joan Brunet Manquat. Responsable musicale, Cheffe de chant et arrangement Mari Laurila Lili. Lumières Clément Chébli. Costumes Stella Croce.
Avec Ulysse Mbenzu, Simon Catrice, Justin Domenicone, Nicolas Hézelot, Pauline Jolly, Charlotte Ruby. Et les musiciens Éric Allard-Jacquin accordéon, Maelise Parisot contrebasse et violoncelle, Louis Ouvrard violon.
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8997-vie-de-bohme
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