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L’ombre lumineuse de la paranoïa sur fond de non-dit. Un petit bijou de drôlerie grinçante que ce manège irrésistible qui transforme les petites frousses intimes et les grands vertiges en une aventure théâtrale réjouissante, confirmant que Matéi Visniec est un auteur singulièrement malicieux.
Impossible d'aborder cette pièce sans garder en tête le contexte dans lequel l'auteur l'a écrite en 1977. Sous la dictature de Nicolae Ceaușescu, alors que la censure interdisait toute critique du pouvoir, la pièce fait des silences et des non-dits un véritable langage. Visniec montre comment la peur s'immisce dans les rapports humains jusqu'à imposer l'autocensure et faire de la parole un risque.
Le spectacle devient une curiosité qui titille immédiatement l'intérêt des amateurs de textes ciselés. On découvre ici la toute première pièce de Visniec. Un texte inédit qui, sous ses airs de fable absurde, bouscule nos zones d'inconfort avec une légèreté insolente.
L'histoire possède cette saveur rieuse du décalage. À la terrasse d’un café, au crépuscule, Monsieur Bruno déballe son sac face à des interlocutrices qui gardent un mutisme de carpe. Son obsession ? La peur. Celle qui s'insinue partout, transforme le voisin en espion et le sourire du serveur en complot d'État.
C’est brillant par sa résonance avec nos propres délires sur la surveillance, le complotisme, tout en restant dans le domaine de la pure poésie métaphorique.
Sur la scène du 3T Avignon, Victor Quezada-Perez orchestre cette sarabande avec une intelligence physique qui m’a franchement emballé. On connaît son compagnonnage de longue date avec l'auteur, et cette complicité se sent à chaque seconde. Il ne choisit pas ici le réalisme mais pioche dans le langage du clown, cette expressivité qui permet de dire les pires tragédies avec un sourire en coin. On se retrouve dans un entre-deux onirique, un face-à-face qui pourrait être sombre mais qui devient grâce à la mise en scène une sorte de ballet de la solitude humaine.
L'interprétation est d'une justesse savoureuse. Victor Quezada-Perez porte ce verbe vertigineux avec une énergie qui ne faiblit jamais. Sa présence de clown triste, aux allures d'Auguste extravagant, conduit cette descente aux enfers burlesques avec une précision remarquable.
On ne s'ennuie pas une seconde car le rythme est soutenu, presque musical. C’est un théâtre qui assume sa part de folie, qui préfère l’image forte au concept ardu, et c’est tant mieux. J'ai aimé cette façon de nous mettre face à nos propres angoisses avec autant de chaleur et d'humanité.
Une plongée rafraîchissante dans les rouages de nos frousses individuelles et collectives qui réussit le tour de force d'être aussi drôle qu'inquiétante.
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Spectacle du 4 juillet 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Matéi Visniec. Mise en scène Victor Quezada-Perez. Collaboration artistique Matéi Visniec. Avec Le Chal, Marine Fabre, Laura Leponce Grasset, Victor Quezada-Perez.
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9771-le-souffleur-de-la-peur
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