/image%2F1888510%2F20261103%2Fob_29c619_unnamed.jpg)
Jean Marbœuf signe une farce satirique anarcho-grivoise à l'écriture triviale. C’est frontal, un rien déjanté et drôle.
L’auteur et metteur en scène vient égratigner le vernis de la fabrique hollywoodienne, déglinguant l'image d'Épinal du soleil californien et des rêves calibrés sur mesure pour s'attaquer, façon abordage, aux hypocrisies du milieu de ce cinéma américain.
La censure ne date pas d'hier, et le fameux code Hays, cet horrifique manuel de bonne conduite, bat ici son plein. Une censure qui s'impose dans les créations avec un ridicule zèle puritain. On polit les angles pour ne pas choquer la bienpensance ni personne. La morale et les préceptes religieux reviennent en force pour faire de la moindre audace une erreur et du moindre désir un péché. Côté grands discours sur la diversité raciale ou de genre et les droits des femmes, ils finissent sur le plateau réduits à de simples cases à cocher sur un contrat de production, et encore, quand ils ne sont pas purement ignorés.
Pas de leçons de morale ici. Les répliques fusent au fil d'une succession de scènes qui s'étirent certes un peu par moments, mais l'ensemble reste joyeux. Ça claque, ça pique, et cela exprime tout haut sans vergogne ce que d'autres crient vulgairement ou taisent religieusement.
La troupe est montée sur ressort et porte l'ensemble avec un naturel audacieux. Les entrées et les sorties s'enchaînent vivement, coupant court aux politesses. Les personnages balancent en permanence entre désir d’épanouissement et nécessité de renoncement aligné.
Thomas Chabrol campe avec tonus un scénariste émigré juif allemand, dommage que cet accent imparfaitement maitrisé nous empêche d’y croire. Mata Gabin, je dois dire, m’a impressionné. Son engagement, sa verve et sa diction détonnent. Claire Nebout, admirable en femme soumise qui se révèle Amazone, libératrice de ses propres chaînes, est superbe tant elle est juste et pêchue. Et Geoffroy Thiebaut compose un sénateur qu’on aime haïr tellement qu’il finirait presque par nous attendrir.
Elles dépotent, ils disjonctent, et l'on finit par se demander s'ils prennent la mesure des énormités qu'ils lancent avec autant d'aisance et de simplicité. Un régal de dérision. Marboeuf a réussi son coup avec ce quatuor de saltimbanques.
Porté par ce jeu décalé et cette fantaisie assumée avec évidence, on ne voit pas le temps filer. On sort de la salle amusé par la verdeur du propos et la vivacité de cette charge grinçante. Une farce comme on aime, qui décape sans se prendre au sérieux. Je conseille.
/image%2F1888510%2F20261103%2Fob_9890e6_masques-4-sur-5.png)
Spectacle du 2 novembre 2026.
Frédéric Perez, spectatif.com
Texte et mise en scène Jean Marbœuf.
Avec Thomas Chabrol, Mata Gabin, Claire Nebout, Geoffroy Thiebaut.
/image%2F1888510%2F20151102%2Fob_25821c_theatre.jpeg)