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Un vendredi soir, cinq jeunes adultes veulent simplement trinquer, et voilà que le monde s’invite dans leur salon sans prévenir.
Toast s’ouvre sur une attente presque anodine, celle de Carla, et déjà quelque chose cloche. Dans cet appartement partagé, les liens sont anciens, installés, presque confortables. L’autrice Victoria Neefs construit un cadre familier, celui de la colocation, une microsociété où se rejouent, à échelle réduite, des logiques très contemporaines d’entre-soi, de validation mutuelle et d’évitement du conflit. Puis un message surgit et fait dévier la soirée.
Je me suis surpris à guetter le basculement, à observer comment une inquiétude diffuse infiltre les conversations les plus banales, comment le vernis du quotidien ne suffit plus à contenir ce qui, d’ordinaire, reste tenu à distance.
Le texte travaille une matière très actuelle. Que fait une génération face à ce qui la dépasse réellement, au-delà des discours qu’elle produit sur elle-même ? L’amour tient-il encore comme refuge quand tout vacille ? Le couple protège-t-il ou enferme-t-il ? et les relations hommes-femmes au sein du couple ? Comment vivre avec l’éco-anxiété entre sincérité de l’angoisse et tentation d’en faire un marqueur identitaire, sans la transformer en posture ? Et surtout, comment réagir face à la violence du monde quand elle frappe à distance, par écrans interposés, avant de contaminer l’intime, comme si l’événement ne devenait réellement perceptible qu’au moment où il cesse d’être abstrait ?
Victoria Neefs ne tranche jamais. Elle met ses personnages face à une difficulté plus vertigineuse, celle de regarder ensemble une réalité qui dérange. Le conflit naît là, dans ce décalage entre lucidité, déni et besoin d’agir, jusqu’à révéler une forme d’impuissance partagée, presque théorisée, où penser remplace parfois agir.
Dans un dispositif quadri frontal, la mise en scène de l’autrice et Louisa Lacroix accompagne ce trouble avec précision. Le réalisme du huis clos se fissure par moments. Des surgissements plus oniriques viennent troubler la perception, les pensées semblant alors déborder du cadre. J’ai aimé cette porosité, ce glissement discret vers quelque chose de plus instable, presque fantasmagorique, en donnant corps à ce qui, autrement, resterait à l’état de discours ou d’hypothèse, prolongeant ainsi les tensions intérieures. Le son, souvent surchargé, vole en piqué sur ces séquences de transition. La lumière, soigneusement ajustée, précise les variations de tension.
Le jeu s’inscrit dans une énergie très engagée. Agnès Perraud, Jonas Hirsch, Louisa Lacroix, Théo Salemkour, Tom Le Pottier et Victoria Neefs portent leurs rôles avec une fougue évidente. Cela déborde parfois, cela appuie souvent, mais cette intensité raconte aussi l’âge des personnages et celui des interprètes. Une urgence traverse le plateau. Elle donne à ce moment de turbulence théâtrale hardie sa vibration la plus sincère.
Je garde de Toast l’impression d’un groupe de jeunes qui cherche et revendique sa place dans un monde qui tangue. Un groupe qui découvre que rester ensemble est déjà une position, presque un choix politique. Un spectacle de théâtre social comme on aime, vivace et sincère, aux propos directs et engagés.
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Spectacle du 30 avril 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Victoria Neefs. Mise en scène Louisa Lacroix et Victoria Neefs. Photos © DR.
Avec Agnès Perraud, Jonas Hirsch, Louisa Lacroix, Théo Salemkour, Tom Le Pottier, Victoria Neefs.
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