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Si vous pensiez que le théâtre était un long fleuve tranquille, attachez vos ceintures car le collectif Naceo, comme à son habitude, avec cette fois Sarah Kane, vient de faire sauter les écluses au Chapeau Rouge.
Quel choc, on tâte ici du séisme artistique ! J'ai poussé la porte du théâtre avec l’attente curieuse de découvrir cette version de la pièce inaugurale de l’œuvre de Sarah Kane, et j'en suis ressorti avec cette sensation jubilatoire d'avoir mordu dans une réalité trash, aux paroxysmes poussés à l'extrême. Anéantis est une déflagration qui nous prend aux tripes pour ne plus nous lâcher.
L’histoire nous conduit dans une chambre d'hôtel luxueuse, territoire de Ian et Cate. Ian est un journaliste usé par l'alcool et le cynisme, tandis que Cate semble flotter dans une innocence fragile. Au début, nous assistons à une joute verbale et physique, une aliénation amoureuse où la possession devient barbare. Puis, le génie de l'autrice fait tout basculer. La petite guerre privée du couple est pulvérisée par la Grande Guerre, celle qui défonce les murs et fait entrer l'horreur du monde dans l'intimité.
Olivier Sanquer nous livre, à nouveau, une mise en scène précise, totalement fidèle à l'esprit "in yer face". C'est brut (très), c'est frontal (très), et cela nous arrive en pleine figure sans aucun filtre lyrique. Le spectacle s'ancre dans un présent immédiat, nous rappelant cette barbarie si proche de notre confort moderne.
L'interprétation est tout simplement au top. Axel Arnault incarne un Ian d'une complexité fascinante, oscillant entre monstruosité et vulnérabilité absolue. Face à lui, Marie Burkhardt est une Cate lumineuse et poignante, dont la résilience force l'admiration des spectateurs. L'arrivée de Cédric Luisier en soldat finit de nous clouer sur nos sièges par sa présence implacable.
Le public assiste à une véritable expérience sensorielle, où chaque silence pèse son poids de plomb et chaque cri résonne comme une vérité nécessaire. Nous sommes loin des fioritures inutiles. Ici on cherche l'humain sous les décombres avec une chaleur paradoxale. Je suis conquis par cette audace qui refuse la complaisance pour nous offrir une émotion pure, totale, presque primitive.
Une claque théâtrale. Du théâtre qui nous fait sentir intensément vivants sous les gravats. Courez-y !
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Spectacle du 5 juillet 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De Sarah Kane. Mise en scène Olivier Sanquer. Traduction Lucien Marchal (L'Arche 1998). Photos © DR.
Avec Axel Arnault, Marie Burkhardt et Cédric Luisier.
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