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Deux Jésus pour une seule croyance, et soudain l’Évangile ressemble à une réunion de crise organisée par des disciples qui auraient raté leur vocation de communicants.
Le pari paraît casse-cou. Faire rire avec Jésus, ses apôtres, la foi, les miracles, le besoin de croire. Pourtant le spectacle Jésus et Jésus trouve très vite une tonalité singulière, quelque part entre la farce populaire, la satire et une comédie de troupe traversée par des questions très contemporaines sur la foi et la fabrication des croyances.
Le texte de LM Formentin joue avec les références bibliques comme avec des objets du quotidien. Un paperboard débarque au milieu de Jérusalem, les disciples parlent stratégie, concurrence, image publique, et l’arrivée d’un second Jésus plus jeune et plus séduisant transforme la petite troupe en comité de panique permanent.
Ce qui m’a embarqué tient beaucoup à la manière dont la pièce regarde ses personnages. Elle ne cherche jamais le scandale facile. Le rire naît de cette parole exigeante que des disciples fatigués et débordés tentent de rendre accessible, alors que l’idéal porté par Jésus leur échappe sans cesse. Les apôtres simplifient, contournent, rêvent de miracles spectaculaires parce qu’ils sentent bien que les idées seules ne suffisent à captiver les foules.
Derrière les gags, le texte pose alors une question très actuelle. Que devient une parole exigeante lorsqu’elle doit passer par le marketing, la séduction ou la fabrication d’images fortes ?
Jacques Connort transforme cette confrontation d’idées en répétition chaotique entre vieux compagnons de route. L’arrière-cour imaginée pour le spectacle ressemble autant à une Judée antique qu’à la loge défraîchie d’une troupe de théâtre au bord de la catastrophe. Les bouteilles, les chaises, les accessoires contemporains fabriquent un terrain très ludique où les situations rebondissent vite. Le spectacle conserve une légèreté très joueuse, même lorsque la mélancolie du personnage principal commence à prendre davantage de place.
Yvan Varco compose un Jésus usé, ironique, parfois découragé, qui conserve pourtant une sorte de feu intérieur très touchant. Autour de lui, Jean-Paul Farré, Philippe Magnan et Jean-Jacques Moreau forment un trio délicieusement bancal. Les silences gênés, les emballements absurdes, les disputes minuscules donnent au spectacle une énergie très contagieuse.
Le public rit beaucoup, puis se surprend à écouter autrement ce qui se raconte derrière les maladresses et les blagues. Une comédie qui transforme les apôtres en bras cassés magnifiques et remet un peu d’humanité très terrestre dans les grandes idées. Je recommande !
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Spectacle du 4 juillet 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
De LM Formentin. Mise en scène de Jacques Connort. Avec Jean-Paul Farré, Philippe Magnan, Jean-Jacques Moreau, Yvan Varco.
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/8890-jsus-et-jsus
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