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Attention, pépite ! Un monument de Shakespeare empoigné avec la malice d’un clown farceur, voilà la promesse diablement tenace de ce spectacle.
C'est une analyse fine de la pièce mythique du grand William que nous offre Jean-Paul Faré qui, décidément, n'en finira pas de nous étonner. Une analyse à la fois savante et accessible, utilisant la pensée latérale pour nous expliquer mieux encore tout ce qui se joue dans cette intrigue, disséquant les rouages de l'écriture, ses raccourcis comme ses aires d'incertitude. Ce narrateur hors pair ne cesse de nous surprendre de sa poésie comme de son humour.
Farré relève le défi titanesque de porter en solitaire cette tragédie démesurée. Ayant déjà côtoyé cette œuvre immense aux côtés de figures légendaires, le comédien choisit cette fois de l’extraire par la racine pour la réinventer à sa manière, charnelle et espiègle. Ce retour aux sources résonne comme une véritable déclaration d'amour aux planches, le cri d'un enfant de la balle qui s'offre un corps-à-corps absolu avec le Roi des théâtres.
La dramaturgie interroge brillamment la dépossession, la folie du pouvoir et les fêlures de la filiation. Loin des lectures solennelles, le texte subit ici une véritable autopsie joyeuse, oscillant entre l’immensité de la déchéance royale et l’intimité vibrante de l’artiste. L'écriture scénique pose une question fondamentale. Comment un corps d'acteur peut-il contenir à lui seul les tempêtes intérieures et les guerres familiales d'un royaume déchu ?
La mise en scène ingénieuse d'Ivan Morane s’organise autour d’une sobriété bienvenue. Une simple chaise d'enfant fait office de trône au milieu du vide, concentrant toute la puissance évocatrice sur l’action. C'est de l'artisanat de haute volée où le moindre recoin d'ombre devient complice du drame. Les éclairages soulignent avec simplicité et efficacité la bascule entre le tragique et le burlesque. Cette option dépouillée offre une liberté totale à la dimension poétique du projet.
Et puis il y a l’interprétation. La performance du comédien s'impose. Jean-Paul Farré déploie une vigueur clownesque maitrisée, bondissant d’un personnage à l’autre avec une agilité déconcertante. Son jeu engagé et charnel, profondément personnalisé et nourri de ses propres folies poétiques, rend concrète chaque trahison des filles de Lear. Farré s'impose en artisan habile, transmettant une ferveur communicative. Sa présence magnétique magnifie la déraison du vieux monarque tout en esquivant l'écueil du mélodrame.
Une relecture mémorable et viscérale qui secoue les codes shakespeariens pour le plus grand bonheur du public. Quel spectacle, intelligent et drôle comme on aime !
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Spectacle du 4 juillet 2026
Frédéric Perez, spectatif.com
Texte Jean-Paul Farré. Mise en scène et création lumière Ivan Morane. Costumes Chouchane Abello Tcherpachian. Graphisme Franck Pucques.
Avec Jean-Paul Farré.
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/9032-mon-roi-lear
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